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d'aujourd'hui - 15 poètes camerounais (1) - Cópia

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1
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D’aujourd’hui
 
15 poètes camerounais
 
 
 
 
Recueil subjectif concocté par Bruno Essard-Budail avec la complicité de 
Fernando d’Alméida et d’Anne Cillon Perri
 
 
 
 
 
 
 
 
© Edition du CCF Baise Cendrars de Douala/Cameroun et éditions Les cahiers de l’estuaire
BP 01 Douala/Cameroun
 
2
Sommaire
 
Note infra paginale 5
 
Fernando d’Almeida 7
 
Edimomèné bonanyaka 25
 
Angéline Solange Bonono 43
 
Anne Cillon Perri 58
 
Marie-Claire Dati 82
 
Kolyang Dina Taïwé 101
 
Valère Epée 112
 
Fernand Nathan Evina 133
 
Joseph Fumtim 155
 
Gabriel Haïpam 165
 
Edouard Kimgué 175
 
Lionel Manga 187
 
Dili Palaï 199
 
Vicky Simeu 208
 
Hervé Yamguen 221
 
Extraduction 227
 
 
 
 
 
3
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Merci à Koko Komégné
Pour son œuvre reproduite en couverture
 
Merci à Cyrille Buffet pour la conception de l’ouvrage.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le livre en version papier est en vente auprès des éditeurs, au Cameroun
 
 
 
4
 
 
 
 
 
Note infra-paginale
 
Riches et foisonnantes de thématiques diverses relevant de la réalité complexe, mouvante, les 
œuvres ici produites offrent la densité d’une vie naturellement plurielle. Enrobées par un 
imaginaire multiforme, ces poésies sont un florilège d’instants saisis, de miroitements 
discontinus d’une vie que scandent les délires, les névroses, les espoirs de leurs auteurs, rompus à 
l’exercice solitaire du poème.
 
A la vérité, l’ensemble que voici n’a guère été conçu pour agglomérer les mimiques ou les voix 
gutturales de tous les poètes camerounais. Nous avons été conduit à dessiner les traits d’une 
préférence, à trier au sein de la multitude en laissant à la fourrière, d’autres textes qui ne 
manquent pourtant pas d’intérêt.
 
Nous ne donnons qu’un relevé de ce qui s’écrit dans le domaine de la poésie camerounaise 
d’expression française. Des voix singulières s’imposent dans le cliquetis des images hardies. Par 
leurs sténographies de la réalité, les poètes camerounais prêtent leurs oreilles aux grammaires 
identitaires, anthropologiques qui soulèvent leur existence méditante. Ce sont des écrivains 
toujours capables de rentrer dans le répertoire oral tout en s’ancrant dans la modernité bavarde. 
Ils sont prompts à fédérer l’antan et l’anthume en faisant rentrer l’œuvre produite sous la loi du 
merveilleux, en participant à l’écriture du monde.
 
L’intention éloquente de cet échantillonnage : dire l’essentiel de l’universel en faisant jouer une 
subversivité à l’intérieur de thèmes se succédant, alternant ou se superposant. Saisies abruptes 
de soi et de l’entour, ces paroles écrites que nous mettons en grappes imposent l’insolite, 
l’inattendu. Elles sont belles parce qu’elles permettent à chaque lecteur de piocher au hasard des 
pages à la découverte d’œuvres fortes.
 
En ce lieu syllabique où s’écrit/s’écrie la poésie camerounaise de l’heure, nous apprenons à la lire, 
par le biais de paroles généreuses.
 
Les poètes rassemblés dans cette livraison, disent l’inexprimable tension de l’existence. 
Travaillant en eux-mêmes pour mieux s’approcher du monde qui les entretient de ses propres 
malentendus et discordances, ces poètes rendent pleinement justice à la logique de l’illogique qui 
fonde toute poésie authentique.
5
 
Poésies audacieuses en transit vers l’imaginaire réalisé, ces œuvres donnent accès à des 
déchirements existentiels. Se vouant à une sorte de subjectivité collective, elles embraient sur la 
complexité de notre immédiateté.
 
Naissant d’un lieu multiple où se constitue la lucidité de l’absurde, D’aujourd’hui lexicalise la 
réalité et jette par le bastingage, toute approche que norme l’appris. Saignant de l’absurdité du 
quotidien, ces paroles fictionnelles font rouler jusqu’à nous des pépites de vies stylisées, 
dévergondées rêvées.
 
D’aujourd’hui disloque les mots-signes de quinze logophores (porteurs de parole) camerounais 
levant le lyrisme aussi bien vers l’intelligence que vers la sensibilité. Avec ou sans guillemets, des 
emprunts sont opérés comme nécessaires, indispensables à l’œuvre en train de se faire. La 
surdétermination des voix, le refus constant de tout durcissement formel, prouvent à souhait 
que quelque chose s’inédite de ce côté du littoral camerounais pour le triomphe de la beauté 
convulsive (André Breton).
 
Il y a lieu d’affirmer, une fois pour toutes, qu’à partir des totalisations que distillent le rêve et la 
réalité, la poésie camerounaise, s’efforce de prendre demeure en elle-même, dans la réconciliation 
de l’anodin et du transcendant créatif. Une écriture d’écartèlement certes, mais généreuse afin 
de permettre à ces poètes de franchir la ligne qui les sépare du vaste monde.
 
Un dernier mot discret sur l’opération : Elle s’est voulue d’emblée en rupture avec le 
conformisme ambiant.
Nos choix, pleinement assumés, montrent l’urgence de publier des poètes qui disent la vie dans 
ses horreurs et ses espoirs et sont pleinement inscrits dans notre démarche éditoriale.
A un de ces jours, donc !
 
Par Fernando d’ALMEIDA (Université de Douala)
Douala, Cité de Bonamoussadi
(La Roseraie du Goyavier)
Deux Avril Deux mille sept 
 
 
 
 
 
 
6
Fernando d’Alméida
 
A l’extrême du même
 
 
 
Pour Nadia Derrar
et Bruno Essard-Budail
cette poésie écrite pour
redonner splendeur à l’être de l’étant
 
 
 
 
Le matin paraît vain
Lorsque la vie préside
Au reflet du jour sur la nuit
 
À chaque épiphanie du rien
Le verbe répond au chaos
 
Le rêve déblaie le réel
Tandis que glapit
À l’oued du langage
Le Temps aux longs cils
7
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(Tourné vers le sahel
Le jour labialise sans fin)
 
L’instant s’étrange fragile
Et salue l’illogique
Après l’expiation du vent
Qui remonte vers l’ouest
Sous les défroques des syllabes
8
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le soir bégaie
Aux fouilles des mots
Qui mènent au gai savoir
 
Où s’échine l’étrange
La durée concasse l’être
Aux agglomérations du jour
 
Sous l’étreinte des collines
L’être élucide l’ineffable
Du côté écervelé de l’éternité
9
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(Ici où les jours courent vers
La réconciliation des contraires
La pensée se pose sur l’if
Et met un tarif sur ce qui
À jamais nous dénude)
 
Il te faudra un jour
Tenir en laisse l’équivoque
Et passer à l’encre ta vie
Prenant mesure de l’implicite
À chaque résonance des choses
Que fait déraper
Toute langue dans l’imaginaire taillée
10
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nous posons notre rage d’être
Sur l’omoplate des comètes
 
Aux fastes des déraisons
La merveille renaît enfin
 
Le néant sent le bois frais
Lorsque paraît vain le matin
 
L’écriture consent
À l’aride sillon du langage
 
Nous défaisons les choses
À cet endroit presque érodé
Qui cherche à nous rétablir
Dans la joie hargneuse
Quand le langage en escapade
Parvient aux rades du numineux
11La vie contient l’être
Aux troncs des arbres
 
Tout au plus on devra dire
Que la vie arrive à peine
À mettre en gerbes les signes
Qui toujours
Disent autre chose
En contre-jour des miroirs
 
(Il ne s’est pas agi
De mettre fin à l’absolu
Mais de comprendre l’absurde
Qui d’un bruit sec referme
Les battants du Temps)
12
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(Incisés dans le signifiant
Les mots font proliférer
La pensée
Qui du rien provient)
 
Des débris d’énoncés
Déblaient la réalité
Que résorbent les mots
Qui pour nous refont
La genèse des matins salants
13
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Enchevêtrée d’absolus
La pensée mène à l’être
Qui du jour relève
 
Désormais tortueux le vent
S’inscrit dans la brisure
Et par les sentiers rejoint
La pensée extrême
14
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(Le gris du jour s’agrippe
À l’objet et pendant que
Nous plaidons en faveur
De la vie la mort
Nous déleste du comment vivre)
 
Le quai de l’être s’observe
À partir de la vie
Qui se lézarde lorsque
Nous prenons au soleil
Ce qui nous fait défaut
15
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Palmée (autrement dit
En guenilles) la réalité
Parcourt tout ce qui
Tourne à l’envers
Dans les flaques de mots
 
Pas un jour sans rêver
Au clitoris de l’éclaircie
Que plagie le langage
Aux réverbères des bers
16
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La vie en croix
File vers la détresse
Elle s’affaisse dans l’ornière
Qui soutient le ciel
 
La mélodie des rafales
Flotte au flanc du jour
Qui passe en ronflant
 
(Plus bas que l’arc-en-ciel
L’essentiel régit nos énigmes)
17
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Lorsque le sahel rentre
Dans la ville enneigée
L’équivoque se maintient
Dans l’écriture et donne
Quitus à ce qui s’éloigne
 
D’un bout à l’autre du matin
Le Temps
Nous parle dans le malentendu
 
Ainsi prend forme l’ornière
Qu’il faut
Par le détour atteindre
 
18
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(Pour saisir l’impossible
Nous retournons
À l’oblicité du rien
Quand fulmine le langage
Qui s’invente sans une cesse
Pour dire 
Le mal-dingue de l’existence)
19
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La pensée suzeraine
Donne créance à l’illogique
Quand s’alite l’infini
 
En vue du rien
S’opacifie tout lieu
 
Ecchymosé le réel
Fait apparaître
Les croûtes de l’imaginaire
Sous l’averse de l’être
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(Des bris de lumière
Pour quelle fixité des choses)
 
L’horizon s’engouffre
Dans le haut-mal
 
Le ciel passe sous silence
La parole sans pensée
 
Nous sommes pressés
De rejoindre l’indispensable
Quand s’écrie la vie
Qui conduit
À la morphologie des stases
21
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Disons autrement :
Tout est métastase quand
Bruit autour de nous
L’éternité ouverte sur la cendre
 
Lorsque gongonne le jour
La pensée tourne la meule
Des choses sur le vif prises
Quand le langage
Nous circonscrit à l’intérieur
D’une vie riveraine de l’anodin
 
Disons ce qui hante l’être
Chaque fois que se dérobe
La réalité que nous profanons
Assis à l’avant d’un langage
Qui ne cesse d’advenir
Des lieux ruinant tout code
 
22
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Aux moisissures des syllabes
Vont les dogmes
Qui percent la gale du jour
Lorsque la vie
Nous retient dans sa gangue
 
Quel lieu vérace
Pour quel langage vorace ?
 
(Accordé aux pensers bâtis
À la pointe de l’hivernage
Le village – au vieil âge
Des mythologies-traîne l’être
Vers la vie
Qui rit de toutes ses dents)
 
Dents d’albâtre dit-on
Pour nidifier dans le cliché
Et ramener à soi
La pelote défaite des mots hongres
 
23
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Tout est simplicité contondante
Quand nous subvertit
L’andante des choses
 
(Lorsque s’incurve le ciel
Aux croisements des astres
L’écriture ravive le mystère
Et met en pièces l’ordinaire
Dédié aux névroses des mangliers)
 
Tout est pensée rapatriante
Qu’éperonne l’ambivalence
En ce lieu analogique
Où s’orchestre la merveille
À hauteur des paysages vécus
Tout est diffraction quand
La lumière s’adosse à la ténèbre
 
Douala (Cité de Bonamoussadi )
La Roseraie du Goyavier
Février Deux mille sept
24
Edimomènè Bonanyaka
 
Ville morte
 
Comme exhumé
Enrubanné enrhumé
en falbalas
en oripeaux
Le jour
Comme un enclos 
en érosion
en dérision
 
éructent couleurs faisandées
purulences
pestilences
ô paysages affamés de volupté contrariée
années
années bourrées d’accents circonflexes
Le sel à la tignasse granulée
agraferait-il encor
la langue aux déclamations soutenues
 
napalm
vermine
mines dans les yeux pâles
enchâssées d’arabesques
le piment écrase la poitrine dans ses basques
le trottoir comme un dimanche exigeant
de la soutane de ses lèpres
empale charognes charabia
suinte de vomissures
de moisissures
 
25
comment mesure garder
aux pieds du mur
de la main tenir l’espace à encenser
sur les versants abrupts
 
toutes ces girouettes
toutes ces brouettes à portée de raison
à portée de poitrine
gémissant de solitude
généreuse de multitude
 
tant de poèmes
à portée de décombres
tant de manèges en jachère
en retour de souche
Camerounitique
 
De retour de l’exil
L’existentiel mien
en quête
en enseigne lumineuse
en émeute plurilatérale
de grâce fraternelle en travers
du Gilbratar
 
 là-bas
 
le bateau en partance
et dedans la brisure l’absence
de la gérance des heures
 
dérision
 
à quel enclos malformé me suis-je coincé
26
pour quelle tranchée
 
de heurts
de pleurs
harassé
comment toucher le parvis pascal
des tagines des targettes
 
(survivre à l’addition
de la mer)
 
prendre possession de la terre
pour longtemps
 
sur l’ardoise scarifiée de ma main
des jumelles de girafes
dressées carafe arabe
 
de Babel en chapelle de souris
elles portent l’écume des instants
à la grotte des bouches branchées en fauves
 là-bas
 les mèches soufrées de la poisse
de la soif
la grossière chair de l’affliction
et tout de même
la foudre reptile du don de soi
 
au bar du coin
la narcolepsie de mes sourires
en comptine en canitie précoce
classée claudicante
 
Tam-tam insondable in sondé
27
 
Birbe
 
O bisbille
 
Le calendrier intérieur
en bananes blettes
 
L’asphalte mongolise les images épinglées
aux piquets
de tourments en linceuls
la foi reptile s’effrite
 
Eh du péage !
ces fjords portés avec ivresse
veillés avec crocs
la cécité des discours
pistonnent aussi mon intériorité
 
il est midi à peine midi
j’arrive d’une terre d’hommes
où les frontières articulées
sur des profondeurs insondables
chiffrent l’Amour
aux ligatures des sables mouvants déglutis
 
les ancêtres veillés toute la nuit
ma mère morte entre mes bras
 
un peu d’eau
s’il vous plaît
un peu
d’eau
 
28
d’ici ces sanctuaires où
« la parole essentielle » (F. d’Almeida)
cigalise le rude métier de bègue
les païennes fidélités aux lampadaires
fixés de guingois
 
d’ici le quai
la kola
mémoire à vif
entonnoir à pic
ta case à rebâtir
 
Ces yeux défoncés
Transfusés de pets comme une vallée
Sous les flancs comiques
De vos fronts subversifs
Présagent une démesure apatride
De mendiants d’esprit
Qu’importe ce sang
qui suinte de ma bouche
votre quête schismatique
de rhétorique fétichiste
s’abreuve au cratère fumant
des masques
des mensonges
 
« zéro mort »
dira l’autre
 
Passé la prose incendiaire
L’asphalte récite l’épopée des forcenés
 
Sous les hauteurs exsangues des verbes
Les égouts s’épurent des fleurs défraîchies29
La bêtise à la deuxième personne du singulier
Incandescente comme un prêt à danser
Avec ses rondeurs de papaye mûre
 
Regarde
Nos talismans s’abîmer à force de courbatures
À force de colère
Sur les miroirs
Les perchoirs
Sur les réservoirs
Les entonnoirs
De nos pouvoirs rachitiques
 
Regarde s’en aller le vent
S’en aller les chimères et leurs ampères
 
Regarde comme un cours d’eau roule
L’humaine condition
Partout
Des pans de la longue robe de la mer à retrousser
Des cerfs volants
Et ces étincelles qui n’arriveront jamais à bon port
 
S’il n’y avait pas de lacunes
Dans nos yeux
Qui serait…
 
De borne en termitière
Moi
Gueux migrant par révérence
Les poulies de la main laminé au chalumeau
De transfusions sanguines chaussé
J’ouvre l’œil sur le macadam de l’amertume
Les poings fermés
30
 
Elle dort
Elle dort
Elle cogne à l’aorte adipeuse des flèches de midi
 
Quel récif héler
Qui soit plus maternel plus femelle
 
Après les marais
Le mutisme des droits
La violence des croix
 
Elle ne viendra plus
Ma mouette
Ma cruche de lait là-bas
Lorsque au galop de l’eczéma
La longue robe cadette des hublots
M’effarait
 
Elle ne viendra plus
Le désert alentour
La peur à perte de vue
 
Un fossile oblique du nez
D’épaisses ronces égrènent sa quête
J’avance
J’avance
N’y plus penser
 
Pourquoi ces oiseaux dans le sang
Pourquoi ces oiseaux sur la peau
Des assiettes des dominos
L’anathème des hoquets
 
31
Les moustiques lassent la main
 
Un soir de douze
Saperde enfouie dans les haillons de l’ivresse
Ma main a effeuillé des copeaux
En dentelle
En rempart
 
Pour arrimer le copal de tes yeux
À la part
À la rumeur convulsive
Des lucioles
 
Tu disais
De flottilles vénielles
Venir
Et moi de la mer floricole
Flibustier
 
Ton cri arrimé à l’évidence crocodile des méandres
À la dérision des bateaux en partance
 
Offense encore
 
De mon souffrir qu’il me suffise de nommer
tes îles recroquevillées
près des fontaines d’un soir de douze
et ma pomme d’Adam ébranlée
et mon désir refoulé
 
Que peut la poubelle
À portée des mouches
Abîme échoué
 
32
Jusqu’à la prochaine remorque de la lune
Jusqu’au prochain agrégat des minéraux
 
Saugrenue
La greffe des cavales païennes
Vers l’altérité
Sans un sévère enclos des bois mythiques
Sans l’agape rituelle
Pour épiler les frontières
Des sourcils
Des mercenaires de la luxure
 
L’ardoise de ma main
Porte deux girafes comme une carafe arabe
De Babel en chapelle de souris
Elle porte l’écuelle la plus sensuelle
À la grotte des bouches tendues en fauves
 
J’ai touché là-bas
Les mèches soufrées de la poisse
 
Mes mains brûlent de créances contenues
Un troupeau d’étincelles
En sangsue médicinale m’accroche
à la margelle des mots
mais la luxure du jour
l’éclipse annulaire des négociations
maculent de larmes mon odyssée
 
de l’horizon déferle mon lignage
ligature fiévreuse sur les pistes
des interrogations
ma vantardise de batifoler
sur le basalte du néant
33
 
adossé au basilique des vertiges
à polir et repolir les marchandages
 
Je parle
Je parle
Pour contenir l’échine poussiéreuse
De l’ombre en avance sur l’orgueil d’être
 
D’être du même voyage
Que les hirondelles même
 
même s’ils disaient là-bas
les hiboux des dominos
l’anathème des hoquets
 
les hoquets lassaient la voix
 
Tu disais qu’après le vent d’ouest
La crasse des cendres
Ceindrait les reins du soleil
Ta houe ta lime sous le lit
Ta joue tes livres et leurs couleurs en berne
 
La friable stature de nos délires
Adossée à la fragile durée
J’entends se liguer en pirate
Le couteau des verres d’eau
Le margouillat des regrets dodeliner de la tête
Sous les volutes de rire de la lumière
 
La ville muette bavarde m’étreint
 
M’étreignent
34
lévitations spartiates
murs de lamentations écarlates
de n’être pas assez debout
mais à la renverse
folie en joue
mais ivre de sortilèges
tel le crépuscule
en cortège de pustules
la terre à même la jambe
les vertèbres flambant vieux
 
Veiller la mer est douloureux
et longue
l’attente des retours en souche
après le feu de brousse
 
Le tocsin dans le bec
L’épervier vole haut
 
La ville muette – bavarde
m’avilit
 
Muette comme un amour
en perte de sentier
muette comme le jour
dépouillé de ses pigeons
la main tendue à l’ardoise
qui croise ses doigts pour
s’affranchir en vain
du ragot des enseignes lumineuses
Muette
Ville
 
Bavarde cavale de sarcasmes rentrés
35
de rancoeurs tissées
de plaies plantées
 
hypothèque demain
 
tuent
sur la route
les sauterelles
l’enfant aux trousses des chimères
la faim est un versant abrupt
 
étoile morte
Morte trois fois avant le chant du coq
avec sa cohorte d’épingles
à faire chanter la foi en christ
à conjurer ma remise en sexe
à attendre les autoroutes en zèbre
 
Quelle passion avouerai-je
qui ne tapisse déjà dans la prunelle des fruits
quelle voyance
dont ne se darde déjà les diacres
sur le dos de l’église
 
D’autres métaux nous tombent dessus
déjà le soleil se fait peur
trinquent les casseroles
trinquent les aquarelles
le pain rompu éparpille ses pièces
 
La pierre est lourde
l’entrée de grotte lacérée
plus vierge plus brutale que
l’amour emmuré dans l’énigme
36
 
L’aigle vole haut
L’érection des yeux veilleuse
de immeubles du firmament
On dit le pacte chakaien
à distance respectueuse de la main
à distance paresseuse des images
accrochées au mur
 
Tam-tam dont les phalanges du temps
n’ont pas battu la mesure
à travers fleuves à travers rivières
la bière coule à flots là-bas
Indépendance voilà notre chœur de chevet
 
Et les vertiges déjà
 
Devant la porte se tiennent des volailles
d’étranges cailloux pactisent avec un tourbillon
de l’absence ils disent le hoquet
tandis qu’au loin une femme brave
tempête et anophèles
 
Des nœuds lacèrent le visage de l’estuaire
l’errance lui brûle les doigts
de ce que les fables survivent aux couleurs de l’instant
 
elle cherche un parc où reposer
ses négritudes dévoyées
 
elle
alléchante comme un mythe
elle
37
brûlante comme la vérité
dans mon cœur 
elle
cette île de servitude entourée
faïence
 
les vitrines de ma mémoire illuminée
les réminiscences portées avec appétit
les masques du ciel
le sang bavard
de courir après le pain des fièvres
elle porte en elle
ce jour que je cherche
 
De Maroua
 
Caresse brûlante sur une caisse
Éperviers altiers alentour
Tours drapées d’arcs-en-ciel
 
O friable durée
Fuyante entre les doigts
Mais annexée ici
Aux grenouilles des griots
 
Quelle girafe de passage
 
Il suffirait d’un rien
Aux pustules acceptées
Pour témoigner de l’éternité
Aux abois
Quand le silence tance les cors
Et convois de quelque orgueil
38
De sauterelle
 
Des cases tôlées
Comme une pyramide d’Egypte
Des gisements de patience
Entrevus
Où mènent
Ces mornes décharnés
 
De quelle chanson sont-ils
Le sanglot ennobli
 
Terre d’hommes
Repère d’ombres
Le vent escorte ici
De longues tiges de manioc
Partout
La longue robe des dunes détroussées
En haleine
Et le soleil en quête
D’une côte arable
À décharner à empoussiérer
 
Te dénoncent le fardeau des sébiles d’aveugles
Les scissures dans le pain rassis des créances
Les fétides exhalaisons aux aguets
 
Te serais-tu prise dans un corsage de détritus
Sur les versants abrupts des querelles fratricides
Des sacerdoces sans gilet pare Baal
Nègre comme le frère aîné d’Hélène
Et l’haleine clocharde des crabes
Comme si les dérobades refont les fleurs
À notre mesure
39
 
J’arrive en ce lieu où
Le soleil des accolades est scarifié
Le jour vêtu du drap de la peur
Arpente les sentiers du doute
 
Le cœur saigne
L’horizon s’enfuit
Les balafons uniformes depuis des lustres
Et la ville morte
Morte
Le feu suinte de sa bouche
 
Mère
Le sommeil à l’enfant assoupi
Arrache sa galette
Tu disais les vertus des flaques d’eau
Quand les rots de la terreAu grand matin
Nous jettent à demi soi en face du cœur 
L’ouragan des portes closes
Que peut la poubelle à portée de fourmis
Toutes ces brouettes à longueur de file indienne
À longueur de cartons rouges
 
J’ai perdu ma route
Par obsession des fraternités
Pour faire famille unique
Pour faire foule balle
J’ai perdu ma route
 
Combien puissamment
empoigner la porte
pour exister
40
pour emmurer les fourmis
en ourdis
en escorte sur la porte
le vent batifolant
devant le rivage des non-dits
de veiller une lune trop forte
devant la porte
de vouloir le Fako
image nuptiale
parole initiale de marbre
où reposer toutes ces fleurs
en fraîchies sur le parvis
 
le miel en offrande
la lime en partance
attendre que traversent
les oiseaux du ciel
la ville en attente
 
du temps des dinosaures
et des eaux incolores
le jour s’éveillait
les poux s’effrayaient
le marteau à portée de bras
l’enclume à portée de pas
 
le miel en offrande
la lime en partance
l’homme le rein vert
à la croisée des sentiers
la langue ayant conservé
la succulence du sel
 
du temps des eaux sans odeur
41
l’amour habite le bosquet des ablutions
le pain des paysages de l’ouest
pour faire famille nombreuse
racines heureuses
le tam-tam battant les tempes
les flammes un flamboyant
à l’envergure immense
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
42
Angeline Solange BONONO.
 
Le sang en détresse
 
 
 
 
 
Que la poésie soit avec vous.
 
A Pabé Mongo.
 
Des youyous pétillants
de vers magiques
Pour sanctifier les noces
De l'image et de l'idée
Hourra !
Aux amants flamboyants
qui festivalent 
le jardin du cœur.
A toi poète, fou, assoiffé d'azur
A toi les végétales délices de la fragrance 
Tonique des robes infroissables
des divines lumineuses aussi magnifiques
que des Ronsardes.
A toi la splendeur des froids aigus
et phosphorescences raffinées des sens.
Toi le vertige du verbe
 
Yaoundé Cameroun,
neuvième colline,
Décembre 2002
 
43
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Perle
 
Demain
Je perlerai la mate acrylique
Des jumeaux dans ma croix
Je lupanarderai dru
car chaque 
perle doit ensemencer la terre
de son âcreté et faire germer
un souffle coloré de gaîté nourri de lourds
Effluves d'un passé dysphonique.
 
 
44
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Souffle
 
Eh ! Les filles !
Nos onirismes de ranis,
Vous en souvenez-vous ?
Nous faufilions les entrelacs d’herbes folles
Nous étions tendres et pastels
Nous étions zestes de fraîcheur.
Nous étions évanescences.
Nous étions luminaires.
Nous voulions être les filles d'Apollon
 
Nous avons naufragé.
 
Aujourd'hui nos cœurs 
Furonclés, 
Comme des cabosses d’affreux cacaos, 
ulcèrent le saumâtre.
 
La terre crapule a cramé
Nos arc-en-ciels.
Il ne nous reste
plus que les fumerolles rictus répulsifs, de
La hantise des gerçures des vénus canoniques.
45
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Exquis
 
Pour toi !
 
Je gris-grise.
Je croquemitaine.
J’incinère.
Des cierges à Mamon
Des abraxas à Bacchus
Des totems à Vénus
Des phylactères à tous les
Dieux de mon enfer.
46
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Madrigal
 
A Fernando d’Améida
 
 
Ton verbe sarabande des éclats du Mvet comme des chérubins insouciants et heureux sous une 
ondée aurifère.
 
Tes cantates fernandotent d’ambroisie les arcanes d’une langoustine de la forêt.
 
Ta Plume de feu et d’acier.
calcine mes fanfaronnades.
47
 
 
Nausée
A tous les cons
 
Allégorie dévoratrice
L'homme soupe l'homme
Putréfactions ! Conneries ! Morves !
Charognes hachées puantes
Bravo ! Pour tes infectes et visqueuses homéries, tes
déraisons gangrenées, 
tes dégueulasseries, tes curées, tes conneries, tes ignominies.
 
Bon appétit !
48
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un serpent qui vous aime
 
Boule de chagrin recroquevillé dans une
Couverture curative
J’y reste sept jours
Pour caraméliser mes nécroses intérieures
avec des vapeurs cathartiques
Maugréant des logorrhées 
magiques et purgatives.
Mon hibernal se solde par de
vaines tentatives d'émergence
Le huitième jour…
Le neuvième jour...
Le centième jour…
 
Ce matin 
 
Blues 
Je bois la fêlure absinthe.
Le millième jour, Un serpent
noir viendra me pignocher
de son venin pariade.
49
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Noces d’enfer
 
A l’arsouille qui me crapulera
Je serai lémure à la tête d'une armée de lémures.
Des morts inquiétants grouillant de rage.
Je reviendrai outre-tombe
Je reviendrai,
Te torrider.
Te…
Et rien n'apaisera
Mes alcools de toi 
Mes volcaniques étreintes.
Rien !
Tu boiras la camarde
Et 
Mon âme coïtera ton cocktail acidulé.
50
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ataraxie
 
A Hervé Jérôme Bonono
 
Je frotterai mon cœur contre un rocher pour que
Mes audaces brisent le ressac du typhon et légifèrent le bonheur.
51
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Minus habens.
 
Au reptile
 
Des yeux glauques de morve et de sueur.
Il a choisi les fadeurs d'une existence ratée
il se complait dans les orgueils stupides
et s'invente des armoiries.
 
Des abîmes de son moi.
Il cherche à s'accrocher à un lambeau de
ventricule malade et officiant dans la chair
de son cortex taré en flots en ravages et en
agonies
Sa bouche mythomane s'empêtre
Dans les bafouillis cafouilliques de ses néants.
52
 
 
Le cénacle
 
 
J'ai marché
Longtemps
Partout
Flânerie 
Dans les nuages
 
Cohue !
Des énoncés.
Tableau or et diamant
 
La main sur le robert gauche
 
Des rognures
 
Des décombres de moi
Des fragments de vie
Des débris de tendresse
Des épaves d'amour
Des loquettes de tristesse
Des lambeaux de cœurs 
Des misanthropies 
 
Des infinis de morts
 
Des riens des vides des absences
Des aposiopèses des néants 
Vacuités humaines"
"Cristaux brisées
Gueules de maux
53
Cassées de phrases
Brisures éternelles
Déchiquetés incurables
Guérisons divines
 
Je monte l'escalier glissant des
Gluances de ma vie
Je retombe sur mes hantises et mes répulsions
Se dénuder
"Badiaga, ta bague"
 
Un dizainier connectait Ave Maria
Et Pater Noster.
Bout des cirrus univers de pureté.
Mot de passe :
 
« Il ne faut tenir son équilibre
de personne, ni de rien »
 
« Métonymies rhapsodiques.»
 
Cénacle des scribes de génie : 
Nerval, Baudelaire, Césaire, Philombe, 
Brassens, Nelligan, Pabé Mongo
Hugo, Villon, Rimbaud, Mongo Béti, Verlaine, 
Séverin Cécile Abega, Aragon, Prévert, Ferdinand Oyono... Tous. 
Breton, Beyala, Mveng,Tchicaya U Tamsi, Effa, Sony Labou Tansi, Niangouna… Tous
Pas un ne manque Anne Cillon Perry, Fernando d’Almeida, Awono, Dati...
Dieu ! A quel Sublime me vouer ?
Un toast !
 « A la race des Dieux !
 des assoiffés d'azur »
 
Des codes de la séduction des muses, donnez-m’en, Saints scribes.
54
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pepita
 
Il est temps de suspendre ! 
Le sang en détresse, je m’en irai 
Etriller le pavé de mes veines.
L’amour aux tripes
Je nostalgiquerai notre belle aventure
Et mon âme dira la romance du vent
Je ruminerai la sémillance
De la saveur afritude
D’une négresse de lait
Pépita ! 
Flamboyance d’une pépite d’or
Je garderai de mes errances
Le fiévreux ressac des rires de vie.
 
Grand-Bassam, Côte d’Ivoire, Juin 2005.
55
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Matines
 
A Anne Cillon Perry
 
Là-bas, à l’horizon,
Je vois émerger
Une félicité.
Là-bas sur la colline de Jouvence.
L’assoumière.
Le poète bouffe la vie, dans une explosion en magnifiques phrasées nèantisantes du poème-
prétexte.
Le poème-objet se trame joliment.
Marie-Claire, la pâquerette de Picco bourgeonne dans l’exubérance d’une explosion langoureuse.
Là-bas
A l’horizon, 
Une papilionacée d’humains s’azure.
 
56
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
SucranceA José Pliya
 
L’air se gonfle de
la fragrance des rires voluptueux des saccharum Nanas Benz.
Le goût crypté des Vénus d’ébène
Aux fesses poétiques
doucifiant les motos vrombissantes des rues de Cotonou
Le temps s’arrête sur une onctueuse poupée Ashanti café offrant aux gourmets
sa pulpeuse plastique
Sublime rêve corossol.
 
Cotonou, Août 2004
57
Anne Cillon Perri
 
L’adieu aux lucioles
 
 
 
 
 
 
 
A cette heure de la nuit
 
A cette heure de la nuit
La lune a dans le regard
Un 
Sempiternel 
Souvenir
Quelque chose de nostalgique
Qui rappelle les trésors pélagiques
Qu’en réponse à nos disettes
Nous avons mangé en silence
Comme une salade de raiponce
 
Le ciel fantasme sur la magie des étoiles
À 
L’orée 
D’une 
Nébulosité 
Qu’alourdit 
L’inexploré
 
La lune approuve l’essoufflement des songes 
Pour 
58
Chaque 
Vrai 
Don 
De 
Soi
Les diaprures de son dos
Racontent le soleil
Et toutes les merveilles hauturières
A cette heure de la nuit
Ma 
Bourgeoise 
Comme 
Un 
Ange 
S’oublie
A
L’induction 
Sacrificielle 
Du 
Lieu 
Et répète sans le dire clairement
La vulgate hystérique de la prochaine sieste
 
La lune colporte l’anecdote des désirs
Et
Le
Délire
Qui
Foisonne
À l’endroit précis où frissonne le rêve
 
Un silence peuplé 
Répète 
L’impatience 
59
Limpide 
D’une 
Nuit
Où survit l’évidence de la déchirure
Dans la paix incommencée 
Des alpages du sommeil
 
L’essor rose de la grive se rive
Sur la liesse des prochaines vacances
Et l’immense brièveté d’une ébriété
Assumée à sa juste proportion
 
La maisonnée moissonnée 
Parmi les songes les plus échevelés 
Sursaute soudain 
Et jette une jatte d’espoir en ville
Comme 
Un 
Printemps
Ambulant
 
A cette heure de la nuit
L’inépuisable songe 
Éponge le devoir de patience
Et ronge son frein dans l’herbe
Cousue de leurres
 
Un ange équivoque 
Inscrit son fiasco
En marge de la mise en bière
Et vaticine un discours obtus
Pour conjoindre
Trombe et tombe
En une même virulence
60
Excessive
 
Telle l’éternelle étincelle du rire
Qui toujours éteint celle qui 
S’est teinte de désespoir 
L’angoisse 
Du
Sens
Surgit au cœur du beau
Comme si le monde en avait un
 
La lune étale ses pétales
Sur le mirage exsangue de la distance
Au soulane d’une vallée
Où la broussaille
Indique l’instant voué à la chair
Tandis qu’à l’ubac 
Le merveilleux crie à tue-tête
Et tous azimuts
Pour réveiller le ciel
 
A cette heure de la nuit
L’estuaire redit le néant
La trogne éphéméride
D’une étoile repue d’oubli
 
Etrange manquement
Qu’un trou de mémoire
A pareille enseigne
Lorsque
La 
Fête
Franchit
Le 
61
Seuil 
Fertile
Du
Songe
Fougueux
 
DOUALA, Boulevard de la liberté, 
immeuble du CCF, 15 février 2007
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après la pluie à Douala
 
Le ciel a bouclé sa braguette
Pour ne pas pisser davantage
Mais la ville est couverte
De détritus et de flaques nauséeuses 
 
Après la pluie à Douala
Commence le mauvais temps
De la boue noire partout
Et les fosses sceptiques qui débordent
62
 
La ville est gorgée d’eau
Elle est un bouillon de culture
Microbienne
 
Tel un fruit tout talé
Le trottoir étale ses pavés
Comme une vieille horreur
 
 
Douala, le 03 novembre 2006 
Nuit en ville
 
La nuit est tombée sur une ville rebelle
Les lampadaires s’allument
Et offrent leur fraîcheur enfantine
Aux camionneurs et cambrioleurs 
Les filles flânent fièrement dans la rue
Il y a plein de conneries à la télé
Pour tuer le temps je lis une BD
Ma fille feint de lire son cours de philo
Elle ferme les yeux de temps en temps
Et se voit à la plage avec son amant
Maman est couchée depuis longtemps
Elle dort les poings serrés avec son époque
Les brigands tentent un cambriolage chez Richard
J’appelle la police qui tarde à venir
C’est cela notre époque
Tout le monde est insomniaque
Sauf la police
 
63
La nuit est tombée sur une ville rebelle
La ville se lève et la nuit reste tombée
Il y a des bruits dans la chambre de mon fils
Il regarde un film incommode 
Ma présence le dérange et il change de chaîne
Je remonte dans ma chambre et allume la télé
Il y a la forêt du Congo qui fout le camp
Il y a des OGM dans toutes les assiettes
Il y a la terre qui se réchauffe davantage
Il y a des essais nucléaires dans un pays d’Asie
Il y a des grèves dans l’aviation civile
Il y a l’Amérique du sud qui a viré à gauche
Il y a un kamikaze qui s’est fait sauter
Il y a un coup d’Etat en Afrique noire
Il y a des émeutes post-électorales 
Il y a un garçon qui embrasse un garçon
Ils sont tout gais et se tiennent par la main
Ma femme se retourne et je change de chaîne
Un pays de proie s’acharne sur un Etat pétrolifère
Les boys américains massacrent les arabes
 
 
L’Assoumière, mercredi 25 novembre 2006
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
64
La mémoire blessée
Pour mieux m’arrimer aux merveilles du lieu 
Une espérance saugrenue 
M’a antéposé au frontispice du fleuve
Comme une rutilante mandragore
 
Maintenant que l’instant nous éloigne 
Que faut-il retenir de ces belles berges
Où nous avons pu nous aimer à loisir
 
Tu m’as appris à aimer la vitesse
Dans l’exigence de la solitude à outrance
Et parce que nous n’avions plus de temps à tuer
C’est nous qui nous tuions dans la turbidité du désir
 
Tu as jailli de l’imposture comme un joli joyau
Je me souviendrai longtemps de l’instant
Où j’ai organisé ma résurrection comme une fête
65
 
Jusqu’au débarcadère d’un rêve tyrannique
Nous avons exercé l’amour et le métier de plaire
Le fleuve s’en souciait si peu que j’en étais médusé
Et toi pour me rassurer tu me disais de t’aimer plus vite
 
Comment fais-tu 
Pour oublier ces moments
En fermant tout juste tes beaux yeux
 
Quand seul je revisite à vêpres
Le lieu évanescent où le fleuve
Nous a construit un gigantesque gîte
Moi je pleure en silence comme un môme
 
Suis-je donc assez homme ou trop bête
D’aimer à ce point la pluie et les fleurs
Seule toi le sais car tu es fleur issue de la pluie
 
 
Au jour le jour
 
Au jour le jour
Dire la mort avec les mots de la vie
Pour guérir de la fêlure d’exister
 
Traverser les ronces du souci
En tête de convoi
Comme un éclaireur
 
O Dieu de mon cœur
Comment cacher ma peine aux oiseaux de passage
66
Et la douleur d’une si longue attente
 
Le fleuve qui coule sous ma fenêtre 
Passe avec mon 
Enfance dans la poche
 
Mon enfance volée
Au onzième étage d’un immeuble sans ascenseur
Puant le pipi et le moisi
 
Ce matin d’airain intervient
Avec dans la main un lourd gourdin 
Pour achever l’homme qui persiste en moi
 
Je regarde le Wouri
Dans la transparence des détresses
Et la névrose d’un poème lamentable comme l’oubli
 
 
Douala, le 12 octobre 2006
67
Depuis
Que 
La 
Vie 
A
Mon 
Egard
Se 
Permet 
Tous 
Les 
Coups 
Je me demande
Pourquoi les cons sont toujours les mêmes
Et les mêmes ceux qui pardonnent
 
L’Assoumière 19 septembre 2006, 23 heures 42
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
68
Improvisation en sol majeur
 
En bute à l’inférence de la zone
Les vents jouent sur le silence
Un concerto dont rien de concret ne peut se tirer
A part la bile noire du triste violon
 
Au vrai 
La mort n’est plus ce qu’elle était
C’est pourquoi la vie se vit 
A la hâte comme au cinéma
 
La rue transpire 
Comme un étudiant
Qui a oublié sa leçon
Et peine à s’en souvenir
 
Elle pisse soudain
Comme un libertin
Et fonde de grandes espérances
Dans l’absinthe et le cannabis
 
Le mois d’août cogne toute sa hargne
Sur le tarmac de la joie
Et s’amuse à fond 
Avec les regards distraits
 
Que vient faire le soleil dans ces jeux d’enfant
Seul le chagrin le sait 
Le jour a sommeil ce matin d’été 
Et pâture dans l’écœurement un fantasme idiot
 
69
Les draps ne diront jamais assez clairement
Le souvenir puissant des vertiges vespéraux 
Ni l’orgasme rapide des appels téléphoniquesNi la joie d’écrire le verbe aimer
 
Les yeux bandés
La ville tâtonne dans le silence de la peur 
Tandis que l’orage exténué éternue d’impatience
Et piaffe d‘agacement
 
Dès lors qu’au quai du désir 
L’alphabet du doute se laisse saisir
La vie des femmes se fait plus secrète
Et plus mystérieuse 
 
Dans la rigole où toussote le torrent 
Le vent passe sur un condom fleurant les fruits
Et la prudence à peine voilée
C’est cela la chanson en vogue
 
Sans égards protocolaires 
Un vent pouilleux passe 
Au carrefour d’une joie incertaine
Pour ne pas déconstruire le logos
 
Mais que vient faire le soleil dans ces jeux d’enfant
Dont la virulence émascule l’aurore 
Pour d’autres hardiesses insoupçonnées 
Rien ni personne ne le dira sans doute
 
Il convient hélas de se cacher quand même
Pour donner concordance
A la grammaire de ce jeu
Où la tautologie du fiasco n’émeut personne
70
 
De précipice en précipice se précipite
La mémoire aux entrelacs des songes 
Où les crêpes crépues se croquent
Par les seules caroncules des incertitudes
 
Ici le rêve se prend 
Au lasso des soupçons 
Inscrits en morse 
Aux sémaphores des sourires
 
Beau marché de dupes 
Pour vendre au rabais les trésors de l’enfance
Sans songer au merdier des prochaines vacances
Sans saveur ni sauveur ni faveur ni ferveur
 
Que vient faire le soleil dans ces jeux d’enfant
Ces petits riens où de temps à autre
Tant de scolopendres se laissent prendre
Au piège des rires comme des idiots
 
Les dieux émouvants des sables mouvants
Hourdent à l’envi un monde qui ne ressemble
Qu’à eux-mêmes dans la virgule de la paix
Une paix injuste tatouée de peurs et rancoeurs
 
Aux thalwegs de la déloyauté
Où se camoufle l’amitié malveillante des myriapodes 
La famille s’éclate se casse et s’efface
Comme un objet de peu de valeur
 
71
La mode du divorce où rouit le cœur 
Parle la langue vernaculaire des égouts
Et s’emporte amplement
Jusqu’au doux friselis des hautes trahisons
 
Tout juste à côté de l’île du bonheur
Un propulseur d’étrave s’abîme 
Au pertuis étroit de l’amour en dérive
Où la paix s’horripile comme un vieux birbe
 
Appendu à la margelle d’un gouffre infini
Le monde s’empoussière 
Comme une vieille vétille 
Harnachée de peurs
 
Car l’amour est sorti de vogue pour longtemps
La fongosité des marchands 
S’abrite à l’ombelle des progrès techniques
Comme un beau et brave giton 
 
Peut-on cueillir l’oubli 
Avec la seule faucille du sexe
Et les doux baisers de l’ingratitude
Enfouis dans le sol du ressentiment
 
Seuls vous le direz
Vous qui savez avec les aigles glatir
Et vous donner un cœur de pierre 
Dans ce monde maffieux
 
 
L’Assoumière 19 septembre 2006
23 heures 42
 
72
Whisky sur des glaçons
 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
L’étonnant
 Est
 Que
 C’est
 Bon
 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
Un café à l’hémistiche d’un verre
Un peu trop rempli
Comme ma vie de vagabond
Qui se vide
Se remplit
Et se vide
Et s’emplit
Et s’amplifie à l’amplitude des égarements
 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
Comme 
 Si 
 La 
 Nuit 
73
 Était 
 Inépuisable 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
Ma tête conquise à la fête
Comme lorsqu’on a seize ans 
Et
Je 
Chante 
En même temps que la contrebasse 
Et je danse avec les bulles de chant
Et je deviens une note de jazz bleue 
Qui flotte dans les lumières tamisées 
Où les femmes sont si surprenantes 
La vie une merveille irremplaçable 
Et je danse 
Avec un présent qui indique l’extase
Et toutes les choses qui ne chantent
Que quand la coupe est pleine
 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
Je deviens une banquise en plein désert
Et toute une coupe de plaisir
Irriguée par le soleil du soliste
Au gré des vents cuivres et percussions
 
Whisky
Sur 
Des 
74
Glaçons
La 
 Guitare 
 Basse 
 Me 
 Secoue
 Les 
 Viscères
Comme le grand nègre qui crie au micro
Et écrit 
En rut majeur 
Le récit de sa galère
 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
Je
 me 
 demande 
 la
 main 
 sur
 les 
 couilles
Comment on peut rendre 
Avec les bombes et les risques nucléaires
Avec la boue des avions de guerre
Un si beau monde inhabitable
 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
75
C’
 Est 
 Si 
 Bon
 
Je pense au temps qu’il fera demain
Lorsqu’au feu des marchands de Davos
J’irai m’immoler malgré moi
 
Whisky
Sur 
Des 
Glaçons
C’
 Est 
 Vraiment 
 Très 
 Bon
 
Je monte les marches du paradis
Avec vents et cuivres et une basse très forte
Avec une négresse qui chante comme un ange
Avec la peur dans le ventre
Avec les capotes qui préservent à peine
Avec la
m
o
n
d
i
a
l
i
s
76
a
t
i
o
n 
en travers de la gorge 
Et Bruno Essard-Budail qui n’a plus de cigarette
 
Yaoundé, le 27-avril-2006
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Comme la vie
 
Avec un parfum métaphorique
Qui n’est que l’allégorie du feu
Une salope galope en très courte culotte
Le long d’une avenue mal éclairée
 
Elle est la sale coulure 
D’un monde mercantilisé à outrance
Elle va et vient et se met en exergue 
77
Comme une marchandise à la télé
 
Le titre d’un texte ne ferait pas mieux
Elle propose aux dadais de tous acabits
Une allégresse virulente et très intense 
 
Le corps voyez-vous se marchande aussi
Comme la vie comme l’amour 
Comme du pain comme la paix
 
Yaoundé, le 22-avril-2006
 
 
 
 
 
Tu m’as poignardé 
 
Tu m’as poignardé 
Avec la simple alacrité 
De tes yeux 
Phosphorescents 
Et 
La 
Lame 
Est
Entrée 
Si vaguement
Que je me demande encore
Comment j’ai pu survivre
 
Avec ton regard
Léché de subversion
78
Tu m’as
Je ne sais plus
Et ne sais même pas 
Comment glisser 
Un point de suspension ici
Moi qui depuis toujours
Ne ponctue 
Ni ma vie
Ni aucune allégresse
 
Comme 
Un 
Quartier 
Mal 
Chevillé à la ville
J’ai survécu sans rémittence 
Et tu me voulais plus enjoué
Sur la partition de tes dents
Et l’espoir qui débutait
N’était qu’une erreur
Logée dans la caresse de ton regard 
Paré d’oubli 
 
A mesure que s’exclame la virgule des doutes 
Sur la chatière de mes nuits blanches 
Je me délecte 
D’une vague solitude 
En empruntant la route de la soute
Comme un épouvantable voyou
 
Et c’est là 
C’est précisément là 
Qu’en faisant chanter le vent sur tes cils de charme
Tes cheveux châtains Chuchotent chaque chose
79
Avec un accent qui me met en charpie 
 
Ton cœur atroce affûte
Ma parole cousue de mots sordides
Glanés à la plaine de ma peine 
 
Tu foules à la foulée la foule 
De nos souvenirs
Sans savoir où tu vas si vite
Et moi aussi je ne sais pas
 
Avec une telle chiée d’embûches
La fable si affable de ta langue délectable
Exacerbe le malaise
Où tu gagnes tous les combats
 
Irriguée du magma
De tant d’offenses
Ma parole sismique
Me venge enfin
De ton sale venin
 
C’est pour cela qu’à ta 
Face 
Farfelue je 
Frappe le 
Feu 
Fantastique de mes 
Fétiches 
Fantoches
 
Comme si j’étais une bête à abattre 
Tu m’as en faisant la chattemite 
Criblé comme un pur félin 
80
 
Et tu souhaitais
Qu’avec un souvenir pareil
Je t’apporte mon cœur
Sur un plateau d’ébène
 
Yaoundé, le 27-avril-2006
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
81
Marie-Claire Dati
 
passionement femmement (extraits)
 
 
 
 
 
 
Adieu l’étoile
 
Adieu toi, ton souvenir est-ilma nuit ou mon ami ?
Adieu toi, besoin d’amour commué en duel toute une vie
 
Adieu toi, c’était mon cœur, passionnément, jeunement
Adieu toi, c’était mon trône, jalousiment, femmement
 
Adieu toi, quand on y croit, les rêves les plus beaux sont la vie
Tu m’avais dit qu’on étendrait notre amour en un paradis
 
Mais le temps use les plus beaux serments
Ils ne sont plus, les jours des princes charmants
Adieu l’étoile solitaire et stoïque
De ton éclat rends les nuits magiques
 
De ton éclat rends mes nuits magiques
Et la Terre féerique
 
Adieu toi, qu’est-ce que j’avais de plus joli que ta jeunesse ?
Adieu toi, nos lunes de miel se sont assoupies dans la presse
 
Adieu l’étoile, tout le ciel te suffit-il ?
Toute ma vie et tout mon cœur y sont-ils ?
Adieu, l’amour, qu’aurai-je dû être pour te garder ?
82
Une ange t’attend pour t’apprendre à aimer
 
Adieu toi, le mot papa pleuvait sur nous tant de détresse
Peut-être que couché là-bas t’auras pour nous de la tendresse ?
 
Souvenirs lucifuges, ce que font tes fils m’étonne
Ils embrassent mes rides pour me rendre heureuse
Adieu, l’amour des promesses fougueuses
Sur papier glacé elles sont douloureuses
 
Adieu l’étoile qui voulait effacer
Désordonnément l’ombre jamais oubliée
Adieu l’artiste, tu n’as pas fermé ta porte :
Tes Amours Fantômes t’ont pris ta Reine Captive !
 
Adieu l’étoile, j’ai eu mal, femmement
J’ai encore plus mal, j’ai mal insensément
Mais, moi, c’est pas l’essentiel, regarde droit devant toi
Toujours plus loin toujours plus haut devant toi
 
Adieu l’étoile que les pierres deviennent mousse
La voix de mon cœur comme à vingt ans te soit douce
 
Comme à vingt ans te soit douce
Comme à vingt ans, te soit douce !
 
Adieu l’amour des vagues douloureuses
L’eau et le galet sur la plage s’amusent.
83
Rois de coeur
 
Lorsque la confiance s’est brisée
mercenaire je suis devenue
je t’ai consolé toutes les fois que j’ai pu
sans retrouver l’enfant, le doux enfant 
à qui confier de nouveau mes fardeaux
 
Si j’ai servi à t’aimer comme aucune autre n’a pu
ni avant ni après notre histoire
 
Si là-bas 
tu raconteras 
que l’amour, et quel amour, 
fou, total, azur…Même si tu l’as perdu
mais au moins que tu l’as eu, vécu, tenu, manié, tordu, ou joué
Si là-bas tu ne ressembles pas à quelqu’un qui n’a rien vu
que prostitution, mendicité des femmes suspendues 
à ton pouvoir d’achat
et un peu plus loin, la Terre saignant de tous flancs
toujours plus trouée au rostre hydrique de l’aigle impérialiste
 
Si tu arrives comme un enfant, que l’amour a fait roi
et qui t’es grisé sous ta couronne
un peu, un instant 
et qui as cru comme vous les rois
Tu vois bien combien vous êtes
que la fidélité d’un peuple est un état 
qui dure toujours et par lui-même 
comme si votre gloire ne peut que 
vous brûler les cerveaux et 
vous faire mourir tout petits 
84
 
Si les soins d’une femme d’amour
Si l’aise faite heure, l’aise donnée à vivre
Si toute une femme toujours ta femme
Enfin, si tu dis là-bas 
qu’elle t’a aimé, mais alors, comme
comme ce n’est qu’après l’amour 
que tu as compris 
que c’était de l’amour
 
Ne regrette pas, ne sanglote point, ne te mets pas mal
Je suis en fête
Parce que j’ai donné
 
Aimé, je le proclame, t’aimé !
Si bien que tu ne rentres pas bredouille
De ton voyage sur terre
Si bien que tu as touché de cet iris de Dieu
Tu as été heureux !
Je suis en fête
Tant c’est le bonheur qui compte
Et non sa durée
Et non s’il est arrivé au début ou à la fin ou au milieu de la vie
Tu as connu la la la merveille
 
Je veux être en fête
Parce que je sais
J’ai aimé
Et tu l’emportes
C’est le soleil, c’est la chaleur
De l’élan de toutes les beautés de mes soins
Qui t’accompagnent !
 
O que je te caressais, et de mes doigts
85
Et de ma voix et de mes yeux
 
A toi, j’ai donné tout ce que j’avais à donner
J’ai raclé mes pensées pour voir s’il y avait lieu 
de donner mieux, plus, pour toi
ô que tu as souffert
que tu as souffert
mais la confiance que je n’avais plus
la brûlure qui me transportait de vengeances 
en poubelles et finalement en regrets
en plus rien
en attente d’un miracle
qui est même arrivé
dans le visage que tu as vu
les esprits du monde eux-mêmes ont consacré
la fourche de nos destins
 
Une joie secrète 
Que je garde pour toi et moi
Te regarde partir
Dans le serrement incolore du silence du temps
Je ne veux pas, pas, 
entendre le frou-frou du vent dans ces arbres
mes yeux, je fixe la fête
il faut, la fête
me voici toute et…
J’ai déposé entre tes mains 
Ne regarde plus ce que tu en as fait
Tu le sais, c’est bien, tu le reconnais
J’ai déposé entre tes mains 
Toute ma pompe de vie
 
Sans en garder un peu pour les jours sans
Sans savoir, sans soupçonner, entre toi et moi, un jour sans
86
C’était trop beau 
Si après notre histoire tu es allé de désert à rage à chien
Comme la bousillée dans mon cœur
Emportée, suffocant agonisant
 par l’intolérable morsure de ton injure, paria
Si tu as vu, m’as vue 
gouvernée par les spasmes douloureux de l’expiration 
saignée d’amour
Si tu sais
 
Je veux bien te dire merci
Pour la hauteur d’où j’ai chuté sans restes
Pour le rêve, pour le ciel, l’illusion où j’ai été
Un peu, un instant, avant
 
Je veux bien me taire et rester mercenaire dans ma fête
geôlière de la peur de la honte jusqu’à ton retour
 
Je veux bien croire que seul l’amour est éternel
Et rend éternelle l’âme qui aime plus que l’être aimé
Je veux bien me dire que c’est du passé
et être bête de t’aider
jusqu’à faire encore bon usage aujourd’hui
de tes conneries et saloperies et haines de moi et pleurs,
et souffrances de moi et legs 
comme une amie secrète
ne pas voir pourrir
tes ombres, tes projets, ton avenir
 
Et continuer d’aimer la vie et de susciter mes rois de cœur
Sait-on jamais, à force d’amour, on peut lever dans ce pays
Un, deux, dix…un, déjà merveilleux 
Un immortel d’aujourd’hui
Quelqu’un 
87
qui ne pense pas à enfoncer des enfants dans la misère, 
qui ne soit pas l’entrave à l’éducation d’un enfant
devant moi, 
pour que j’éprouve mon impuissance 
mon peu de chose, 
mon désespoir de n’y arriver jamais
 
Quelqu’un 
qui ne lutte pas de toutes ses forces 
pour m’enlever tout espoir d’avenir 
toutes les miennes forces
pour se sentir ivre de vie seulement quand je n’arrive à rien
Ô les intellectuels de mon pays
Ô malades mentaux !
Quand on a confisqué tous les rêves d’une jeunesse
Quand on a pris pour soi tous les moyens de ses enfants
Comme tout l’argent de son pays
Comme l’espérance d’un peuple
On est très fort et exempté de mort !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
88
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Éclipse
 
Tu voulais quoi ? 
Tu me mets en colère !
Tu pars où ?
Comme ça tu pars…
Juste quand je convole…
Terrible 
Terrible
Et ton cinéma ?
Juste quand je menais !
C’est bien du toi
89
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Valeur ajoutée
 
L’amour c’était mon boulot
Vivre d’aimer
Faite pour aimer jusqu’au chaos
Jusqu’à ce que l’avenir s’en suive
Jusqu’à ce qu’il trouve belle la vie
Et la célèbre
Et se lève pour vivre
Et faire vivre
 
L’amour, c’était mon boulot
Et j’aime 
A me finir à la tache
Avec mes sueurs et persévérances
90
 
Tant que je vis je n’aurai pas assez aimé
J’ai un grenier à remplir d’amour
C’est la terre, c’est vous
Vite, le remplirai-je jamais
Qu’est-ce que je vais laisser à la terre ?
 
L’amour, c’est mon boulot
C’est ce que j’ai bien compris
C’est ce que j’ai 
Toujours, intarissablement, et prêt
 
Je veux aimer jusque dans vos cœurs
Quand tu as donné de l’amour
Et qu’un cœur en est 
surpris, ému, heureux enfin 
tu ne sais pas que tu as 
Ajouté un petit morceau 
D’éternité joyeuse, sereine
à l’éternité du temps
 
c’est ce que j’ai compris
On a tout en Afrique sauf l’amour
Ceux qui viennent exploiter
n’aiment pas cette terre et son peupleLe peuple n’aime pas les dirigeants
Et le pouvoir n’aime pas l’alternance
Même les voleurs n’aiment pas ce qu’ils volent
Ils le volent pour le jeter le plus loin possible 
Personne ne profite de rien
Et chacun est prêt à corrompre tout le monde
Je n’ai pas encore assez bien travaillé
Ils ne connaissent pas l’amour
 
91
Parle-leur de Nelson Mandela
Ils disent : quel grand homme !
Ils aimeraient être des Nobel de quelque chose
L’Afrique noire a besoin de grandes figures
Il faut bien que quelqu’un en sculpte
Il faut ici aimer un homme 
Jusqu’à ce qu’il ait honte 
De se montrer tout petit à ses propres yeux
Jusqu’à ce qu’il ait des yeux
Et les yeux dans lesquels le monde le regarde
Honte de te tendre un argent douteux
Honte d’apparaître sans honneur
Un homme ne vaut rien sans amour
 
C’est ce que j’ai trouvé 
comme matière première
à fournir à celui-là
Jusqu’à ce qu’il sache que ce n’est point le fait de la bêtise
Jusqu’à ce qu’il se convainc qu’il y a du bien en lui
s’oublie pour aimer tout ce qui n’est pas lui
lui, lui, tout pour lui, à tout prix, chieur de corruption
Jusqu’à ce qu’il transforme sa vie en service
 
A pourvoir à l’agresseur, courroucé et drogué, suicidaire
Triste acteur de sketches d’épateur surchargé d’inepties médiatisées
Jusqu’à ce qu’il transforme sa vie en grâce
 
A insuffler au déshérité découragé enclin à se laisser gâcher sa vie 
par ces aigles du pillage, très pauvres très endettés
Les miséreux, générations de condamnés à l’indigence
Douleur et désespoir, la masse des victimes
Jusqu’à ce qu’il transforme sa vie en joie
 
 
92
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Éternité
 
Touriste, va donc au Congo 
Des milliards de cfa pour offrir du marbre à Savorgnan malgré lui 
Au mépris des millions d’enfants nus sans école et sans espoir
Mais va voir Tunis, va voir Carthage
Ce sont les vestiges du passé qui enrichissent le pays
Et le peuple les entretient comme la prunelle de leurs yeux
En Afrique noire, ce sont les ruines du passé honteux 
qui engloutissent nos impôts
et notre dignité
En Ethiopie, on fait revenir l’Obélisque chérie
Sur le dos de l’Italie
Au Congo, on a fait revenir le colon
Sur le dos des populations
 
Pendant que la colonisation demande pardon d’avoir été
93
Colon noir exhume colon blanc pour nous écraser plus d’une fois
tandem : revenant et revenu
C’est notre fête
Reproche-t-on à Savorgnan d’avoir quitté les affaires
Enseigne-t-on à Savorgnan l’éternité au pouvoir
A y rester même après la mort, par marbre interposé
Comme certains y demeurent par fils superposé.
 
Les taxis passent vite sans regarder
Il faudra qu’ils se déchaussent pour y poser leurs pieds
Que de contre investissements, que de contre progrès
Quel étalage de l’orgueil nègre qui fait rire l’Occident
Ils ne savent pas que ce n’est pas le marbre qui rend éternel
Le marbre, le bronze, faites même vos statues en diamants
C’est le service du peuple
C’est jusqu’où vous êtes entré dans le cœur du peuple
Déposer votre petit morceau d’éternité
 
Qui imagine Nelson Mandela frayant le chemin des déchets fatals 
vers son pays, contre deux milliards de cfa ?
Qui imagine Thabo Mbeki ?
Qui imagine Graça Machel ?
Pour que des hommes soient aussi choses, aussi excrément
Il faut qu’ils ne sachent pas qu’ils sont comme nous
Il faut aimer ces ordures jusqu’à leur donner une humanité
Il faut aimer, ils ont été tendres en Côte d’Ivoire !
Baliser l’imagination errante des décideurs 
De ce genre de puissants
Que véreux ! Que ténébreux ! Que d’insignifiance élevée !
Faire du compost de tant de déchets humains
Qui désespérément empêchent les peuples de devenir, de vivre
En faire du compost pour fertiliser nos lendemains
Les former
A aimer les gens 
94
comme expression de l’amour d’eux-mêmes et de leurs vies
Le peuple se lève en quête de paix, de vie
C’est la jeunesse d’Afrique noire, chair à canons, pâté à requins
Désespérément récidiviste, 
Jusqu’à impliquer la communauté internationale 
Jusqu’à ce que l’Europe aimée ait honte et se mette à parler
Des voies et moyens de leur redonner ce qu’on leur a pris chez eux
Les richesses, de l’argent, une école développante
La dignité
un emploi décent et durable
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
95
Espoir
 
Ils sont grands,les peuples qui disent non
Comme en Guinée,ils obtiennent raison
Comme chez nous,ce forçat qui aux blancs, a dit
"Assez, je ne ferai pas un pas de plus, ma ke nene!"
Il est mort à cet endroit là
Nous a donné Makenene, ravissante escale touristique
Aux parfums de mille tentations rôtissant
Entre soleil et charbons ardants
Et les Français, grand peuple de coeur et de valeurs
Que je vous ai aimés 
Non, au joker menteur des Nations unies ?
C'est à vous pardonner votre gestion de l'Afrique noire
C'est vous, non? nos démoncraties forestières?
Il y en a de grands, et de grands de temps en temps
Ils sont grands, les Américains qui disent non
Ils avaient déjà dit non au Cambodge
J'aime les Américains
J'étais faite pour aimer
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
96
Refrain de la ronde
 
Aimer la paix
La cultiver
La protéger
Vivre de paix 
Et la partager
C’est mon boulot
Je sers 
A remplir partout d’amour 
Jusqu’à ce que les holocaustes ne puissent plus trouver d’espace
Jusqu’à ce que les piétinés, annihilés, invisibles, sans valeur
S’aiment tous ensemble et obtiennent respect.
Pour que la vie en Afrique soit favorable à la jeunesse
Tes cheveux comme toi-même
 
Les cheveux de la noire
Sont devenus rares !
 
Qui a dit que les mèches 
Etaient de l’élégance !
 
Celle qui est à moitié chauve
De mère aux trois quarts chauve
De grand - père complètement chauve
Use et abuse des mèches et perruques
Qui sont ses appareils pour handicapée
Ta part de mèche a vraiment quel sens
Ma petite fille
97
 
Il faut maintenant sauver la femme noire 
La beauté noire, de la mèche ?
 
Qui fabrique les mèches
A qui profite cette industrie ?
A quoi ressemblent-elles, les mèches
Aux cheveux des blancs
A qui profite
Que tu ressembles au blanc ?
Qui a dit que tu es belle 
A ressembler à autre que toi
La mondialisation ?
Et tu deviens n’importe qui
N’importe quoi surtout
Blafardisée par quel gourou de l’image encore !
 
A cinquante ans passés
Quand ton crâne ira se dégarnissant
Tu ajouteras les mèches, peut-être !
Mais à 16 ans, à 20 ans !
A 30 ans quand la femme 
Est glorieuse !
 
Les faux cheveux, c’était pour les vieilles
Les « has been » beautiful, les blanchies, dépareillées
Les chauves
 
Mais maintenant on t’apprend à tricher au sortir de l’œuf !
Et quelle triche, camoufler le naturel flamboyant 
par ces poils de morts ?
Ces fils de plastique et toutes ces ternissures ?
Qui y croit ? Personne
On te regarde avec désolation
98
C’est le fabriquant qui rigole, il te tient bien !
 
Et moi de ramer pour toi à contre courant
Pour mes cheveux les plus indémodables :
Ta radiance, 
que tu sois bien dans ta peau
Une forte toi-même, fière, altière dans le monde
 
Laisse tes cheveux 
Petite fille des lycées
exprimer ta santé
Laisse tes cheveux 
Jeune fille en fleur
exprimer ta beauté
Use de tes cheveux, femme accomplie !
Laisse tes cheveux séduire,
belle et jolie tombeuse inoubliable,
séduire et exprimer ton savoir faire
Ton niveau de l’art d’être femme
 
Fais voir tes cheveux dans la chambre
O rêve de promesse de volupté instantanée !
Que tes cheveux appellent au romantisme
que ses doigts ne résistent pas à les toucher
et de les toucher, à effleurer ta nuque
à masser ton cuir chevelu, 
à te faire naître des frissons
à t’implorer par cette voix de chef vaincu
 
Quelle parure magique que des cheveux exubérants !
Laisse parler tes cheveux pour toi
Sur les podiums de l’éclat
Qui a dit que tu n’es pas la plus lumineuse
la plus désirable ?
99
Quand tu marches, ta croupe en tour du monde…
bouge délicatement et fait danser les regards,
la rue, le marché, lebureau l’hôpital, 
au champ, en classe, dans l’avion…
Partout est podium de l’éclat
Laisse tes cheveux triompher
 
Compte sur eux
Si tu es sortie de chez toi
Pour être l’astre étincelant
Qui doit conduire le monde
Aime tes cheveux 
comme toi-même
 
Je suis chauve
Ma mère aussi
Son père l’était
Je ne peux pas bénir les mèches en paix ?
Je ne peux pas
me dépanner à la mèche sans que tu me copies ?
Est-ce qu’on copie ce qui est mauvais
Ma petite fille !
Est-ce qu’on copie les larmes ?
 
 
100
Kolyang Dina Taïwé
 
Grains de haine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cœur brisé
 
Des tessons de cœur rouges sur le trottoir de la vie
Perdus dans les ravins malsains et pourris
Sous des pluies diluviennes et des déferlements boueux
Quand dans les rires ternis
Ton sourire se perd
Dans les laves des promesses 
dans les pleurs des hommes 
dans les sarcasmes des visions éhontées
 
Le cœur brisé broyé transpercé malade
Calciné par les lourdeurs des lois sociales
Brûlé par les mauvais augures d’une promesse
101
D’un bonheur que les liasses de la société refusent
Dans ton sourire perdu
Dans les laves des promesses
Dans les pleurs des hommes
Dans les maladies des vies couvertes de honte
 
Cœur brisé dans les tessons bordeaux
Coagulé dans un sang irriguant les artères du monde
Coulées de peines et de haine
Coulées de pleurs et de douleurs
Mes promesses de bonheur se sont évanouies
Dans les plus profondes lourdeurs des mots
Ton sourire se perd 
Dans les laves des promesses
Dans les pleurs des hommes 
Dans les maladies des vies éhontées
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
102
 
 
Croire à l’amour 
 
J’ai cru à l’amour
J’ai cru au bonheur
J’ai cru au respect
J’ai récolté la déception
J’ai engrangé la haine
J’ai trouvé la honte
 
J’ai fui pour chercher l’amour
J’ai erré croyant au bonheur
J’ai refusé le secours pour le respect
J’ai obtenu des hommes la déception
J’ai été certifiée de folle par la haine
J’ai eu la peur et la honte comme prix
 
J’ai perdu ma mère
J’ai perdu mon mari
J’ai perdu mes frères
 
Je suis devenue une hère
Perchée sur un mirador
En sentinelle 
à mes sœurs 
pour qu’elle ne croient
plus jamais
au bonheur
au respect
à l’amour
à cette géhenne.
103
 
 
 
 
Les larmes 
 
Salées les eaux me coulent au visage
Rivant mes espoirs éteints
Les fleuves de perles larmoyantes
Sur mes rondelles de joues m’écrasent
Me noyant dans les pleurs calmes
 
Salées mes larmes pleurent leur sort
Quand noyant mes prunelles blanches
Elles me font couler le nez
Dans des douleurs retenues
Dans une poitrine qui éclate
Sous les sanglots retenus dans la honte
 
Salées mes larmes ne coulent plus 
Elles stagnent et rongent mes joies
Elles coulent et noient mes rêves
Elles sont des forces de ma jalousie
Elles sont la puissance de ma peine
Elles sont la royauté de mon amour
 
Et dans la peine
Et dans la force
Elles coulent
Et le matin 
Et le soir
Et dans la nuit 
Elles couleront toujours
104
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Tendances 
 
Tendu 
notre esprit a échoué sur les rochers épars
dans un désert de tendances
dans un mélange de vues myopes
 
Tendancieuses
nos actions ont porté des dards
dans une mer de douleurs tues
dans un océan gourmand et agité
 
Tendues
nos mains malades sont croupies du silence
nos genoux fléchis malades et tordus
nos pleurs acide set acidulés perdus
 
Tendu
notre crâne ne porte pas le monde
notre cou allongé dans un calme
notre corps blanchi malade et vivace
 
 
Nos tendances saugrenues, maussades, malades et profondes dans des mers agitées
105
 
Grains 
 
Grains 
de larme
de sang
de mots
 
Grains
de sable
de poussière
de calme
 
Grains
de plaies
de sperme
d’ovules
 
Grains
d’espoirs
de déceptions
de contradictions
 
Grains 
pleurs granulés
chapelets de sang
maladies tues
Dans des socles fermés
des greniers brûlés
des champs ravagés
des essaims serrés
106
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Serpentages 
 
Sinueux dans les herbes hautes
Tordus dans les arbres rabougris
Serpentant dans les bois verts
La route grise
asphalte malade
crie et porte les hommes
Malade et longue dans les villages nouveaux
Pauvre et sale dans les monts
Distinguée et vertigineuse la distance
La route grise
asphalte malade
se tord du poids des hommes
Du fond des âmes en serré sardines
Du fond des carrosseries
Pète et pue le moteur
d’une vieillerie qui nous porte vers nos destinées à tous
107
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le choix
 
 
J'ai choisi
Je t'ai choisi
J'ai choisi de vivre une expérience silencieuse
J'ai choisi le cœur des sentiments profonds mais malmenés 
J'ai choisi le choeur en symphonie des voix pour une nouvelle vie
J'ai choisi de vivre le cœur en choeur des profondeurs et des rires acidulés 
Avec toi
En te choisissant, je découvre une déesse derrière une femme 
Dans un amour aussi délirant,
Enseigne-moi de te tenir 
Pour l'éternité de nos cœurs 
En chœur de notre commun choix.
108
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Une envie maladive 
 
J'ai envie de sentir ton odeur, ta proximité, ta force, tes rires, tes sourires ...
J'ai envie de t'observer sans que tu me voies, de t’espionner, de savourer ta démarche dansante, 
de contempler tes pas qui se suivent, de convoiter la danse de ta croupe, de savourer ta marche 
rythmique ...
J'ai envie de te regarder dans les yeux, de poser mon front sur le tien, de fermer les yeux comme 
tu le fais souvent quand tu colles ton front au mien, de passer ma main autour de ta taille sans 
trop te serrer ...
J'ai envie d'être là silencieux, serein, éloigné, lourd mais à côté de la déesse ...
J'ai envie de reposer ma tête sur ton épaule, pour ressentir ta force, ton coeur, le sang chaud et 
posé créneler dans tes veines et tes couleuvres ...
J'ai envie de savoir que tu aimes ...
J'ai envie de te sentir proche de moi, tout proche, collé à un corps que la médecine a torturé en 
voulant le réparer, de sentir ta silhouette nue se coller au corps meurtri par les peines des autres 
...
J'ai envie de te parler, de porter tes maux et tes cris, tes joies et tes délires, tes envolées lyriques 
et tes fuites philosophiques...
J'ai envie de toi, de tes mots, de ton puits, de ta forêt ...
J'ai envie de puiser à la source de ton anthropologie, de sa nouvelle sociabilité, de ta profonde 
interrogation du nouvel être ...
J'ai envie de t'aimer en barrières et en obstacles ...
J'ai envie que tu te laisses choir dans mes bras.
Enfin, la folle et maladive envie de te posséder sans t’écraser
109
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Intègre amour
 
 
Aimer sans trahir
Multiplier sans perdre
Dire sans trahir
Garder sans posséder
Etre moi-même au plus secret de toi.
 
M'aimer sans me trahir
Me multiplier sans me perdre
Me dire sans te trahir
Me garder sans me posséder
Etre toi-même au plus secret de moi.
 
T'aimer sans te trahir
Te multiplier sans te perdre
Te dire sans me trahir
Te garder sans te posséder
Etre moi-même au plus secret de toi.
 
110
 
 
 
 
L’attente
 
L’attente acidulée brûle les yeux rouges
Au fond des cœurs les couleuvres
Egrènent le sang surchauffé
 
L’attente acidulée pétille dans les âmes 
Au carrefour du poing qui pompe le jus vital
L’attente acidulée aguerrit les rides sagaces
L’attente dans les artères du corps
Toutes gonflées de jus
Au carrefour des vies qui attentent
Dans la communication avec les autres
 
Les griffes de l’attente sont gluantes
Les simagrées d’une coquette âme
(attend aussi les autres)
Une âme qui attend est toujours
Une ânesse en gésine
Une nuit ouatée
Un glas étoilé
Une toile de noirceur transparente
 
Mon âme attend
Mon cœur bâtit chaque jour sa tour
Et sur ce piton solitaire
Tu bâtiras ta vie
Comme une étage
Dont le mortier est le sang
Et les briques sont des os.
111
Valère Epée
 
Les LuciolesVertes
 
 
 
 
 
 
 
Moi l’écolière
 
Berceuse préférée de Maïco et Dodoy
 
Je suis la gaîté gentille
qu’on baptisa Mayéla,
fille aînée d’une famille
de rieurs de Douala.
Je chante, je danse,
je joue, donc je suis :
sourire d’enfance, 
une aube qui luit !
 
Lorsque je vais à l’école
sur le dos de mon papa,
jamais cheval n’est plus drôle
dans son trot ou son grand pas.
Il court, il galope
sous tous les regards ;
jamais je n’écope
du moindre retard.
 
Et sur une grande feuille
j’écris ma petite vie
112
et mon gros cahier accueille
mes secrets et mes envies.
Les lettres, les chiffres
sont mes bons amis :
j’épelle et déchiffre
le monde à l’envi !
 
«Lisez donc, nous dit le pâtre,
et comptez bien, mes brebis ! »
A B C, un, deux, trois, quatre…
D E F, cinq, six, sept, huit.
Le pâtre est le maître ;
les brebis, c’est nous.
Grâce à lui peut-être
nous serons debout !
 
Yaoundé, le 17 juillet 1969
 
 
 
 
113
 
 
Le coin des papillons
 
Il est dit chez nous qu’un vol de papillons clairs, même d’un seul exemplaire, est une bénédiction 
ancestrale pour celui qui le voit, et surtout si votre maison s’en trouve un soir l’hôtesse. Car en 
matière de valeurs symboliques, il n’est point de hasard ni d’équivoque, et tout papillon est le symbole 
des couleurs qu’il porte. Or tout symbole est un message à décrypter. Connais-tu la signification des 
couleurs dans ta Tradition ? Sinon, apprends-la vite et ta vie ne sera sans doute plus la même. 
A bon entendeur, salut !
 
 
Papillon d’or
 
A Mang’a Mang’a Bel’a Lembe
 
Les ors clairs d’un butineur
qui s’égare sous ton toit
sont toujours porteurs d’émois
mais souvent de vrais bonheurs.
Ouvre donc l’œil de ton cœur
et sens battre l’amitié
dans l’oracle ailé, conteur
du Fleuve des Initiés ! 
 
 
Jaune papillon,
divin carillon !
A Lemb’a Mang’a Bel’a Lembe
 
Quelle est la couleur du pouls
ou de la fièvre amicale ?
La distance d’un vœu fou
114
à vol de papillon pâle ?
Pâle ou d’or, mon papillon
n’a d’espace que ton cœur ;
ouvre-le-lui, frère, sœur :
c’est ton divin carillon !
 
Porteur d’augures
 
Epouse le Vent, enfant du Soleil
Papillon d’Ondins dont l’or messager
monte bénissant du Fleuve en éveil
portant les neuf mots d’augures sacrés.
Vole en douce esquive et point ne te pose
que pour coltiner le pollen fécond
du Cœur de l’Estuaire au sel flambant rose
et porte à l’ami ma grâce en flocons !
 
 
 
Long distance butterfly
 
Qui vole loin est né des Profondeurs.
Qui vole un cœur nous vient souvent de loin.
Mon cœur est né volé par la saveur
de l’amitié, son délicieux besoin.
Mais l’amitié ne se décrète guère :
quel doux émoi n’en défie la raison !
Ma main, ami, est ce papillon clair
volant vers toi. Prends-le dans ta maison.
 
 
 
 
 
115
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La mangue, ce démon
 
A toi, Ngando’a Mang’a Bele
Tiens, prends celle-là : elle est bien « murte » !
 
A chaque fruit sa saveur,
sa magie et son histoire, 
mais à l’arbre géniteur
l’héritage de ces gloires !
Si nul ne vit point enfant
donner son nom à son père,
de nos fruits le cas patent 
est l’exception débonnaire. 
 
Ô magie des grands délices,
attrait du fruit défendu !
116
quel démon a donc tendu
au manguier son plus beau vice ?
La mangue que cueillit Eve
au plus tentant de l’aurore,
nous la savourons encore
chaque soir au coin du rêve !
 
Sa saison approche à peine
que corbeilles et paniers
vous bâillent à perdre haleine
au seuil de désirs déniés.
Plus tôt se vide l’école
plus tard s’emplit le foyer :
« c’est la faute à l’herbe folle
qui rend si long le sentier ! »
 
Mensonges que ces excuses
d’écoliers de sous-manguiers !
mais quel parent se refuse
à s’y reconnaître entier ?
Car aux champs comme à la ville,
du fruit tombé le seul bruit
fait de l’homme le plus fui
un polisson bien fébrile.
 
« TUM ! » et l’on bondit et court
parmi concurrents complices
et maîtres noirs d’avarice :
« tu la tiens ? c’est bien ton jour ! » 
 
Si c’est le mois le moins sage
qui fait tant claquer de langues,
c’est que mars enceint d’orages est surtout le mois des mangues !
 
117
Epilogue 
 
Fin gourmet, devine un peu…
sortie ce matin bien ceinte, (4)
ventre creux et teint anxieux,
ma serviette aux humeurs feintes
rentre au soir d’un pas pompeux,
panse lourde et cœur sans crainte.
De quoi donc est-elle enceinte ?
De récits ? d’échos matheux ?
De mangues, mon bon monsieur !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
118
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La banane et l’ananas
(Hymne à l’amour intertribal)
 
 A Nana,pour l’éternité
 
“Toc toc toc !”
--- Hola ! hola !
qui frappe à ma porte?
--- Un étranger de Ngola.
--- Entre, me voilà.
--- Bonjour ! je suis Onana ;
tout mon cœur j’apporte
et je viens jusqu’à Bana
chercher la nana
 
Candeur brandie à contre-jour…
qu’il est fou, l’amour !
mais cœur épris n’a de recours
119
que foi sans détours .
 
« Ainsi donc, mon ananas
est ton eau de vie ? »
---L’«ananas» s’appelle Anna :
c’est une nana !
---Tiens donc, monsieur Banana…
te fait-il envie
de voir mon champ d’ananas ?
Eh bien, le voilà !
 
De l’ananas à la nana,
Dieu, quel embarras !
et d’Onana à Banana
il n’y a qu’un faux-pas !
 
--- Je ne suis pas «Banana» ;
tu blaguais, je pense ?
Car j’ai bien dit O-na-na
du pays Ngola.
--- Onana ou Banana…
Quelle différence ?
Dès lors que mon ananas
mène ici tes pas ?
 
Ô quiproquo sur fond d’humour…
qu’il est gai, l’amour !
même un sentier à cent détours
aboutit toujours.
 
Bientôt notre « banana »
au pays des fèves 
emmena son « Ananas »
et se l’enchaîna.
120
L’exhibant à sa Mama
il conta son rêve
et ses grâces quémanda
qu’il ne reçut pas.
 
O tribalisme de grand jour…
qu’il est dur, l’amour !
devra-t-on sans fin dans la cour
traîner des cœurs lourds ?
 
« Mais Bana n’a-t-il donc pas
ses propres bananes ? »
Ainsi le vitupéra
sa sombre Mama.
--- La banane de Bana
ne vaut point, madame,
l’amour café d’Onana,
lui rendit Anna.
 
Passion, jeunesse aux mille atours…
qu’il est beau, l’amour ! 
que la raison vous joue des tours,
le cœur bat toujours. 
 
La passion de l’Ananas
pour une Banane
le plus grand éclat donna
à la douce Anna ;
et le bonheur d’Onana
aux couleurs profanes
dans le cœur de sa Mama
gagna le combat.
 
Si notre peur de l’inconnu
121
donne la berlue,
le mal ne gît point dans le sang.
Il est dans l’élan !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le plaisir et l’amour
 
 À Patricia et Philippe, for ever…
 
Pris entre « don de joie »
et « joie du don de soi »,
le plaisir et l’amour
se confondront toujours.
Pourtant les tons rieurs
de leur semblable essence
ne sont jamais crieurs
que de leur différence.
 
«Je t’aime »… « tu me plais ! »
ô volupté gourmande,
122
ô délectable offrande
de deux cœurs accouplés !
« Je te plais » ou « tu m’aimes ? »
il faut ma foi choisir :
à trop vague désir
virulent anathème !
 
Le plaisir sans amour
tient de la corde raide :
danse dessus, bipède,
tu tomberas toujours…
à moins que de là-haut
tu tombes… a-mou-reux ;
car alors, quel chaos !
les sens et l’âme en feu,
c’est le délire à table :
le laid s’y boit, le beau
s’y croque et verse à chaud
ses larmes désirables.
 
Mais l’amour sans plaisir
n’est qu’élan sans son zèle :
bien bel envol sans ailes
pour qui ne veut moisir !
Or si la moisissure
est le Sida de l’âme,
nulle survie n’est sûre
qu’au prix de quelque flamme !
 
Du plaisir au virus
franchir le pas retors 
ne rapproche un peu plus
la vie que de la mort ;
oui, ce germe du mal
123
aux airs de carnaval
est la mort de l’amour
et du rêve qui court.
 
Mais dans les bras radieux
des sentiers sans détours,
quel syndrome amoureux
condamnerait l’amour ?
Si l’amour est clarté
est-ilombre ou nuage
pour occulter la rage
qui en fait la santé ?
 
Laisse-toi donc ravir
par son grand festival
qui ne te peut trahir
sans prendre un coup fatal :
l’amour n’est jamais traître ;
seul l’amoureux peut l’être
qui confond « don de joie »
et « joie du don de soi » !
mais crains tous les hasards
dont la vie se revête
et fuis l’éclat des fêtes
sans barrière et sans art.
 
Animale est la source
des plaisirs de la cour ;
divine la ressource
infinie de l’amour.
Toi que brûle l’envie
de plaire et d’être aimé,
commence par semer
le bonheur d’être en vie !
124
 
qui donc voudrait puiser
à la source du doute
ces frissons déguisés
de l’ultime déroute ?
Qu’on prenne son plaisir 
où et quand on le peut,
l’amour vous vient cueillir
où et quand il le veut !
 
 
 
 
 
 
 
 
Filles interdites
 
Amène-toi, bébé, tiens la piste et attrape
les rythmes éclatés que te dédie mon rap ;
si t’es pas dégonflée, lâche un peu tes soupapes
et laisse-toi glisser vers mon cœur qui dérape.
 
Je sais, t’es super
avec le body couvert
125
par cet imper à l’envers
et ces regards de travers...
 
Et tous ces décibels que mon beat te débite
épellent à mots couverts la fièvre qui m’habite :
des mots qui crissent et craquent sur des pensées non dites,
mais qui traquent et matraquent les filles interdites.
 
Et mon cas s’aggrave
sitôt que ton look me brave :
quel boum-boum de cœur esclave
ne s’y perd et se déprave !
 
Quand j’esquisse un clin d’œil, te voilà qui débloques
comme si tu craignais que mon regard te croque :
le tempo de ton corps rappelle encor le Rock…
mais qu’as-tu donc, petite, pour qu’ainsi tu te bloques ?
 
 
Si jamais tu frimes
pour me filer la déprime,
apprends que rien ne m’opprime :
un mec, ça se sublime !
 
Mais dis-toi bien, bébé, qu’on ne s’éclate pas
sur la piste de rap en décomptant ses pas
comme qui en toussant savoure son repas…
Des fureurs de ton corps ouvre donc le débat !
 
La passion sans zèle
est un envol sans ailes.
alors petite gazelle,
oublie que t’es demoiselle !
 
126
Et rape
et frappe
et te défonce !
à sac 
en vrac 
et en quinconce !
 
Cric-crac !
détraque
l’âpre semonce
du trac
qui traque
ton corps de bronze.
 
Et rape
et frappe
et te défonce
à sac
en vrac
et en quinconce !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
127
 
 
Eva negra
 
A Edouard Maunick
 
Lippe ardente, œil sauvage
aux élans ivres-fous
de feu de brousse en cage
dans un tam-tam vaudou,
elle était arrivée
le sac enflé de rêves
mais loin de se douter
du rêve en cul-de-sac.
 
Elle abordait à peine
la berge citadine
qu’une onde souveraine
lui assaillit l’échine ;
et comme elle avançait
le regard vers demain
la gloutonne dansait
la fête au creux des reins !
 
La pêche aux illusions
opium de son village
l’avait en tourbillon
portée sur mon sillage.
J’étais jeune il est vrai 
et mes ardeurs debout
et elle avait l’attrait
des paradis tabous :
senteurs fauves et vertes
128
de fruits vénéneux 
cambrure toute offerte
aux rythmes épineux
de passions interdites
en mal d’exorciser
mais surtout, inédite,
la soif de pactiser.
 
Elle enfila clip clap
le sentier de ma vie
se rivant à mon pas
haletante et ravie ;
ravie mais haletante
au carrefour des songes
et ses jupes ardentes
éventant le mensonge
elle courait, courait
au-devant d’elle-même
(pardi demain flairait 
la griserie suprême !)
elle courait gaîment
le cœur ivre d’envies
étreignant à tout vent
le vide de la vie…
 
Un soir que je mordis
dedans son saint tabou 
dont le frisson maudit 
pût rendre un dieu jaloux 
elle enlaça goulue
ma fureur déchaînée
sa volupté fondue
dans mes vertes années.
 
129
Ses yeux soudain ouverts
sur le mal de la ville 
découvrirent l’enfer
des paradis faciles
et folle elle devint
des nuits ensorcelées
et de plaisirs malins
fut toute possédée :
 
Sous l’emprise immanente
de démons enragés
la voilà frémissante,
éperdue, ravagée,
qui lançait à la lune
ses abois vifs et bruts
pétrissant ses chairs brunes
dans les appels du rut.
 
Fumées crues des néons,
alcools et décibels,
cent feux caméléons
la prirent sans appel.
Or s’offrant en repas
aux lubies de vautours
elle ne comprit pas
qu’on dévorait ses jours…
 
A tous les coins de vie
la guettait un tourment,
à chaque heure une envie
dictait son châtiment ;
la fureur dévoyée
d’Eva (c’était son nom)
s’allait-elle noyer
130
dans un râle sans fond ?
La vierge des forêts
n’était plus qu’un délire,
qu’un vol démesuré
sur les mâles empires,
vampire s’il en fût
suçant le sang des saints
--- ô orgasme invaincu 
à l’aube de la fin !
 
J’étais moins vif déjà
moi Adam, moi la banque
et ne tendis donc pas
la pomme à tant de manque :
l’âme chauve, l’œil vide 
de braise et le cœur las,
de cette course avide
je m’extirpai hélas.
 
Sans son rêve ingénu 
découvrit-elle alors
le cauchemar du nu ? 
car cent spots sur son corps
ne l’habillèrent plus
et les rires retors 
du verre et du Jazz cru
furent son seul décor.
 
« Que n’étais-je pas morte
avant que d’être née ! »
Mais derrière la porte
en mille accents damnés
le remords se fendait 
sur des lèvres pâlies
131
psalmodiant le regret
de la Forêt trahie.
 
Piètre étoile étendue
sur sa natte chauvine,
l’héroïne se tut
tuée par l’héroïne :
la veine en overdose
sans haine, sans pardon,
mais l’âme en ménopause
à l’heure des bourgeons…
 
Epilogue :
Toi qui un jour rêvas
de péché salutaire,
ne vois-tu en Eva 
cette féconde mère
qui aux déserts marâtres
sut offrir l’arc-en-ciel,
aux rivages saumâtres
douze lunes de miel 
et des pluies de manne
aux savanes mitées ?
Son ardeur vélomane
si vite manitée
ne sut-elle iriser 
d’albinos, de mulâtres,
de zambos et de câpres
la grise humanité !
 
 
 
 
 
132
Fernand Nathan Evina
 
 
 
 
 
 
À notre age !
 
Je sonde quelques 
Mètres carrés de pensée
A la recherche du lieu simple.
Une superficie d’exil trop grande 
Les défunts sols 
Plantés de tant d’hectares de lassitude,
Arrosés de quelques habitants pétrifiés,
Tombés sur leurs propres jambes 
Comme des gouttelettes de vie moribondes.
Nos pays sommes comme nos mères,
Las de nous langer ;
Même après trois douzaines d’années,
Nous macérons encore
Dans notre immaturité pouponne,
Avec nos joues de goinfres 
Que râpent désormais les rasoirs 
On part, les bébés !
On s’en va, ailleurs que chez nous
A la recherche de notre sevrage 
Sur les pas de l’esclavage. 
Le prix de notre errance 
Ne coûte qu’une aube de damnation 
Et une ruine éternelle.
On s’en va les mioches ! 
133
C’est normal
 
Laissez les poubelles sans balaie 
S’emballer 
De leur étau d’odeurs,
De leurs viscères à mouches 
Et de leurs flatulences viscérales ;
Mais où est le problème ?
C’est normal !
Laissez-moi les asticots là 
Ceinturer le rythme des fosses,
De leur aisance sensuelle 
De danseuses du ventre.
Oui,
Laissez-nous dans nos cageots orduriers,
Dans nos ghettos de misère,
Telles des tomates pourries sans décence,
Avec nos petits orgueils
De têtards mazoutés 
Faire le deuil de notre humanité ;
C’est normal…
Pour vous,
Nous,
Nous sommes la vomissure 
De vos nausées,
Le peuple impopulaire 
De vos réunions pasteurisées,
Le peuple soucieux de partager ses odeurs,
Car bientôt nous proclamerons
L’empire du dépotoir.
 
Laissez nous prendre,
Sans mendier,
Ce qui nous appartient aussi ;
134
Car voyez-vous
C’est tout à fait normal :
Mais où est le problème ?
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
135
 
Harcèlement 
 
Il m’arrive de perdre mon sang
Froid 
Mon sang
Froid abandon de gecko fixé au plafond ;
En dehors du cycle lunaire 
De ma bâtardise d’enfant épileptique.
Il m’arrive dénué de tout, de tomber :
Tantôt dans le feu 
Tantôt dans les flots 
Tantôt dans les fous 
Mais de tomber quand même,
Même pour un riende spirale.
Tout m’est devenu occasion de lutte 
Occasion de chute en cascade 
Au bord du gouffre de la démence :
Assez…
Assez !
Assez !!
Rassasiez-moi mes tripes,
De la manducation de l’arbre de vie…
136
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je pense à toi
 
Je pense souvent à toi
En lisant dans ma main
En souffrant entre les maux.
D’ailleurs,
Qui me dira autre chose que toi ?
La calebasse sur ma tête
Est pleine de l’eau de mes larmes
Et c’est une onction de nuisance
A la frêle paix de mon cœur avarié.
Je suis devenu le buisson ardant
Qui brûle encore aujourd’hui
De la flamme étrange de cet amour pyromane.
 
Ma joie se meurt
Comme un jour parti trop tôt,
Ma peine est une nuit
Une ombre carnivore
Une cape féline
Qui rôde en silence
Autour de mes sentiments ensanglantés.
Je transporte ma déception au creux de ma paume,
Entre l’étang des bons souvenirs
137
Et le désert des désillusions.
 
Mais je pense souvent à toi
En passant, en chantant,
Et ma voix se fait radeau médusé
Qui se trémousse sans avirons
Sur le ventre mou de la molécule bleue.
 
Qui me dira autre chose que toi
Sous l’arbre à palabres
J’ai bu les conseils de l’oubli
Amers comme un remède de milles ans ;
Mai quand j’ai guéri
Je ne pensais qu’à toi.
Qui,
Qui me sera autre chose comme toi ?
 
 
 
 
 
 
 
Litanies
Manducation 
Arêtes 
Ingestion 
Digestion 
Indigestion gestion 
Rumeurs létales
Diarrhées 
Indigestion 
138
Echos 
Rôt 
Pet
Huis clos
Bidet 
Haute voix
Tue-tête 
Chant 
Antique 
Cantique 
Procession des mots 
De mots longs 
De mots courts 
De mots tout court 
Tout concourt au bien de ceux qui sont vieux 
De ceux de ces vieux mots 
Si vieux qu’on les prononce le dos voûté 
A tort ou à raison 
Et qu’on les dit vecteurs 
Vecteurs de chimères ;
Amour 
Rêves
Passions 
Mort 
Misère 
Solitude 
Percussions… d’émois 
De mots 
Sons des mois ingrats 
Danse des temps chacals 
Tanières à charognes
Raison, folie 
Tueuse !
Vie …
139
Espoir 
Amour 
Projet 
Avenir
Soleil 
Contre toute attente 
C’est ici la fin. 
140
Me voici
 
Me voici,
Mère ;
Lourd de stigmates 
Sourd d’humiliations,
Mur de pénitencier 
Construit dans la dureté 
Elevé dans la haine 
Fondement d’amertume :
Regarde-moi ;
Assis 
Ici 
A califourchon 
Sur le gouffre des siècles 
Comme j’ai changé !
C’est vrai,
J’ai troqué mon visage d’incirconcis 
Contre la ressemblance taboue 
Des icônes du sanctuaire. 
Je me suis fait relique,
Douloureuse immortalité
Des noms que l’on invoque 
A tort et à midi,
Me voici femme.
Comme j’ai changé !
C’est vrai, depuis que j’écris.
141
Mort que je suis !
 
Mort que je suis 
Thorax épluché de lumière 
Humeur dégénérée de doberman 
Vie lanière de cuire 
Tu me tiens encore en laisse 
Traîtresse tu lis en moi 
Moins qu’un élément limace 
C’est moi le type ahuri de mépris 
Le type d’autrui le type d’ailleurs 
Un type de méprise légère
Portée par la solitude des pleureuses crépusculaires
Lumière en terre battue 
Qui gicle contre la charpente 
De ce corps échalas que je loge 
Tel un baiseur d’idole 
C’est l’esprit qui parle de ces choses
Que ma bouche révèle à tort. 
Je n’écoute plus les conseils 
Des bruits de glaise 
Soufflés de braise ;
Echos tout n’est qu’échos
Reflet troublant 
De l’invisible présent 
Silence !
Mort que tu es.
 
 
 
 
 
142
Vingt ans (déjà)
 
Vingt ans n’étaient pas là
Entre toi et moi 
A portée de main 
Comme hier seulement.
Empreinte de mon parfum 
Sur ta joue d’avant 
Avec ma bouche d’antan ;
Moiteur timide 
De mes baisers d’enfant 
Vieillesse aux reflets de souvenirs 
Yeux clos de l’iris du temps 
Qui tient l’oubli par la main.
 
L’appel de ton nom 
Poursuit les arbres et les pares disparus 
De ses jambes de vent et d’automne 
Et pourtant…
Vingt ans déjà.
Et pourtant…
Nos âges n’ont pas grandi …
Ils n’ont que 
Vingt ans.
Yarou
 
Je t’admire YAROU,
Mon oreille posée sur ton cœur
Epie les noms sans
Nombre de ta grandeur,
143
Je t’admire mon frère.
Frère – RWANDA
Frère – BOSNIE
Frère – BAGHDAD 
Que grêle ni grêle n’ébranle ;
Frère affamé famélique 
Jouant mille tam-tams d’une main …
D’une main, demain demie, éparse 
Mains et pieds hier ; moignons aujourd’hui,
Charcutés par les mines 
Sombres des champs austères.
Je te vois YAROU,
Moins homme que pingouin 
Manchot 
Claudicant
Brinqueballant 
Un peu dégât collatéral
Mal douleur justifiée par la croix et le croissant,
Digne qui n’accepte ni ne mendie l’aumône.
Je te crois YAROU,
Langue maçonne
Bâtissant des miradors de la grandeur des âmes,
Voyant plus haut que la couleur des peaux.
Je te crois 
Je t’admire 
Je te vois ouvrant la porte de demain,
D’une voix qui ne feint pas l’espoir 
Oh, YAROU,
Mon frère…
 
 
 
 
 
144
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Au revoir
 
Au revoir Mangrove sacrée 
Les pieds dans l’eau de là
Je trempe un bout de moi 
Dans le calice des adieux ;
Déjà le brouillard sylvestre 
Enfume les traces de mon passage :
Je m’en vais.
Au revoir joies d’ici 
Enfants d’ailleurs,
Pères et mères des samedis de fête 
Toujours à nous surveiller 
Du coin de l’œil.
Au revoir,
Terre que j’ai aimé sans le savoir.
Les pieds dans l’eau,
Le soleil se mouille 
Ma lampe s’éteint 
Je m’en vais.
 
 
145
 
 
 
 
 
 
 
Combat
 
Course !
M’accrocher à toi 
Train de la vie 
Tu dégoulines
Sur les rides des âges
Comme une vieille sueur 
Par un temps de frayeur torride.
 
Wagons de rêves mal réalisés 
Mal huilés 
Tu grinces comme ma conscience
Livrée à la vitesse du remords 
Je cours 
Je risque
Accroché 
A l’existence 
Dangereux d’être vivant
Embarqué pour rien
Dans un voyage qui m’obsède.
 
Vie, 
Ma vie 
Vis ta vie 
En passant par la fenêtre
En fuyant 
146
Paysage de plages et de mers 
Voilier fantôme
Dont la coque déchire la peau des océans 
Je somnole 
Quand tu t’arrêtes.
 
Course !
Pour rien…
Parfois pour rien 
Paresse des brumes éternelles 
Salut à l’arrache – couilles
Dents des enfers 
C’est ça ma vie 
C’est ça mon combat. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
147
 
L’enfant
 
L’enfant Orage 
L’enfant violent 
L’enfant blême 
C’est celui qui me ressemble.
 
Il picore d’un doigt résigné 
Quelques grains d’espoir 
Tombés du nid de sa vie ;
Son silence est un ouragan 
Et son calme une chevauchée.
 Il parle pour se taire 
Mais il parle quand même.
 De sa plume migratrice 
Il dessine un vœu ailé,
Qui s’envole aussitôt sans sentir le vent.
 Son ardoise est pleine du vide 
Des images toujours parties,
Mais il n’est qu’un enfant.
Alors quelque part,
Sans le vouloir,
Sans le savoir,
Il colorie des tristesses d’automne 
De son petit rire innocent.
 
L’enfant Orange 
L’enfant violet 
L’enfant bleu 
C’est celui qui me ressemble.
 
 
 
148
 
 
 
 
 
 
Mauvais sort
 
SEIGNEUR,
Depuis l’histoire de l’arche
De Noé et de Cham 
J’écris des sables de genoux
J’invente des mers de prières 
Je verse des déluges d’intercessions 
Je vais à la distance des temps d’innocence 
Pour voir la nudité de la justice 
Dans le tourbillon des genèses confuses 
Des malédictions qui étourdissent Canaan.
 
SEIGNEUR,
Je n’y vois rien
Dieu est un jour 
Qui est une nuit pour l’homme ;
Que je suis.
Et depuis l’histoire de ces histoires 
Je ne demande
Ni l’enfer 
Ni le Paradis
Mais la clé du séjour des noirs
Pour atteindre 
En paix
Mes morts et mes vies 
Inutiles.
149
 
Mon opinion
 
Apportez à ma table,
Des gigots de belles paroles 
Rôtis au feu du mensonge ;
Je meurs de faim
Paraît-il.
Mais je n’ai plus soif.
J’ai bu d’un seul trait
L’iguane de tant de promesses venimeuses,
Versé dans le vert douteux 
De vos campagnes marécageuses.
Vous,
Parlez seulement.
Je ne me fie plus à l’allure clocharde 
De vos mots délinquants,
Travestis de quelques lambeaux de vérité 
Et se prostituantsur les trottoirs 
De la franchise.
Donnez vos leçons aux chiens,
A vos chiens !
Chiens poilus de vestes,
Vêtus de flatteries comme d’un sac à puces
Remuant quelques intrigues puantes 
De leurs flasques queues à orgies.
Pour moi, 
Posez mes miettes ici 
Et allez au diable ! 
 
150
 
 
 
 
 
Musique 
 
Musique dans mes veines 
Sang de givre et de souffre 
Feu des cloaques 
Reniant l’ulcère 
D’un repas de piment 
Sève électrique des bois
Couchés sur le flanc 
Silences et frémissements 
Sous les talons des fromagers 
Vol silencieux de la foudre 
Ailes du tonnerre
Crépitement de l’irréel 
Sous les paumes bouillantes 
Des joueurs de mystères.
 
Musique jumelle des corps de transe 
Chose en nous 
En toi 
En moi 
Sillons d’extases 
Terre d’ivresse
Labour de corps à corps
Maison de liberté :
Oh ! Musique…
151
 
 
 
 
 
Temps d’adultère 
 
Je verse mon cœur 
Dans les trous des puits d’amour,
Ne m’attendez pas demain.
 Je mêle les nuits aux nuits,
Les jours aux jours,
Les nuits d’un jour,
Aux éclipses d’aujourd’hui :
Ne m’assoiffez pas de vous 
Mon impériale débauchée…
Je fixe tes yeux cernés d’adultère,
Et je sens le moulin des doutes 
Moudre lentement,
Le seul grain de ma foi crétine.
Dans la tiédeur blanchâtre 
De tes draps de marbre et de coton,
Mon cœur a la tête libre 
Mais le corps coupable ;
Ne m’accusez pas étrangers.
 Je mouille mes yeux de mer et de prière :
Eteindre l’image incandescente 
De tes danses de feu et d’indécence 
Je suis…
Tu es…
Nous sommes ;
Unis pour l’instant 
Ne m’attendez pas demain. 
152
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vision
 
Je suis une vision 
Entre les lignes de ma main 
Vision possédée
Fantasme superstitieux
Des choses que l’on aime 
Et que l’on craint. 
Vision 
Qui ne veut pas être vue 
Trop âgée
Trop disparue, trop méprisée 
153
Pour bâtir de nos temps
L’histoire d’un jeune destin.
 
Vision du diable !
Me dit-on 
Mais comme l’aime ma diablesse.
Démente passion 
Prise au dépourvu 
Par l’infaillible corps 
Des amours élémentaires 
Prophétie de garce 
Sur l’imminence
Des orgasmes mécaniques. 
 
Vision immortelle 
Nom maudit 
Qui ne s’appellera pas politique 
Cri qui s’écrit à gorge déployée 
Et qui n’est, ni
INDEPENDANCE, ni 
Démocratie, ni 
Gouvernance…
 
Je suis une vision 
Une pauvre petite vision 
Et je ne m’appelle que 
LIBERTE.
154
Joseph Fumtim
Murmures et chants d’hommes vivants
 
 
 
Premier feuillet
 
 
I
Je veux de cette boule diaphane, cette boule de neige, un visage de grâce, un visage couleur 
d’Egypte.
De cette haleine apprivoisée trempée de grands joncs d’hydrocarbure et recoupé à fort 
arguments nucléaires,
une brise matinale empreinte de parole de salut maritime.
Car les bardes véreux ont trahi le pacte d’éternité scellé entre le verbe et le principe, entre l’éclat 
des mots et la vague mentale.
Car les bardes malhabiles, ont trahi le pacte d’éternité, calomniant des divinités dans les 
sarabandes de l’or et la saga des renommées.
 
La clarté matinale vient d’occire mes doigts indigents et par moment saisis dans les griffes des 
interdictions,
mes doigts parfois confinés entre l’enfer et l’Eden.
Sur le chemin du Damas, mes tentacules de pieuvre à la diligence de caméléon, mais drapées 
dans la prudence d’araignée, ensablées dans la prévenance de la tortue.
Que de papyrus ouverts, reprenant les plumes brisées, résonnant l’écho d’une crête arrachée,
Que de parchemins promenés hurlant à cor les plumes desséchées à force de feux et à cris les 
capuchons rompus,
Mimant le dernier soupir d’un sang s’en allant, les cordons sonores rompus entre la main et son 
revers.
155
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
II
 
C’est une caracole de billets perchés sur le figuier des âges nocturnes et relevé sur ses contreforts 
de spéculation
C’est une caracole de billets mûrs froufroutant leur colère de crotale d’Inde, sous l’empire des 
bandes et des sceaux.
Et les roseaux pointus se livrent à la bataille des coqs pour les lingots d’or et des virgules 
monétaires.
L’émotion est à son comble, la ruse à son pinacle,
Chaque fois que le message ardu recrute rires et applaudissements.
 
(…) mais quelle indifférence chaque fois que les dépêches humaines- faites de sang coulé, cou 
rompu- traversent la scène du pupitre boursier sans distraire.
Ainsi donc, des Brahim Bouaram gaulés au faîte de leur dignité, des Kensarowiwa flagellés 
hachées et cintrés
Ainsi donc, des peuples tout entier qui s’entre mordent les chairs et s’échangent les flèches.
Et la somme des pleurs et des cris s’élèvent à Gitéga…
156
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
III
 
J’entends des sons de glas au lieu de chuchotements de carillons de joie matinale soutenus de 
gazouillis d’oiseaux naïfs et de confidences de la brise.
Je veux de ce chant de cygne une tirelire bleu poussé du fond des entrailles des gringalets au 
regard tourné vers l’Azur.
Or, je veux de ce chant de cygne l’ensemencement d’un rocher dur sur calqué sur les dessins 
célestes
 
Le sang affolé dans sa course fougueuse gicle d’aorte et les coups de pugiliste essaiment partout 
marquant au compteur douze sons de cloche
Douze sons de sang bien sonnés comme un tambour d’appel pour la fête de la moisson terminale
Car, les parages des anges secoués par les vents protecteurs et giclées par l’écume de la canaille 
glapissante, 
douze sons de cloche sonnant l’hallali de ma paix.
Et depuis lors l’antre des sages en fournaise des eaux- troubles, sarcle la ripaille des mendigots
Et la tornade achevant de souffler dans le roseau des obscénités aux affinités chaotiques
La tornade de la gorge des Andes à multiple facettes secouant fort le joug primordial.
157
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
IV
 
Dans les marais salants s’érigent les roucoulements de mes grenouilles boudant l’amère saveur 
de la liberté, 
les roucoulements de mon cerveau jauni à force d’huile de graissage et de conjugaison,
Mon cerveau jauni- ô ce peuple jadis gris formant la ronde vitale- fumant un défi contre diesel 
amorçant sa montée, 
Mon cerveau au gloutonnement interminable de chenilles sur les feuilles autodafés.
Les roucoulements sarcastiques de ses billes en flammes, les billes rongées par les dents du temps 
et les pignons domptées par le poids de la démesure.
Les roucoulements de pignons sadiques mordant à belles dent la chair ferme de métal.
 
Or ces murmures de sécheresse qui s’attardent sur les dentitions des cartilages sevrées de 
synovie, 
ces murmures confus, ces souvenirs, tronqués par des musiques saugrenues de beuglements 
métalliques
Et ces éclats sobres de rocher qui s’alarment sur des perspectives cavalières aux fuyantes fuyant 
les rebords frottant fors la quadrature
Et les alambics distillant en vain les haleines intraitables, âpres en toute vérité, véridiques dans 
toute l’envergure.
 
158
 
 
 
 
 
 
 
 
Deuxième feuillet
 
I
 
Nous avons nos jazz et nous les sifflons sur les routes anthropophages et giboyeuses du Congo et 
du moyen Congo, nos jazz chantés à la lisière des slows et des spirituals glanés sur des chemins 
du Midi.
Nous avons nos jazz dont nous battons le rappel à force blues et au cœur de ces prodiges de cœur 
triturés, raturés et configurés dans des carcans idéologiques, repris dans les ruelles fades.
Et les marrons sous la terre et sous l’or répondant en chœur et les cafards séniles dans les camps 
de Boïro vrillent leurs ailes dans le silence, réchappant du néant les anciens marrons sous l’orgue 
et sous l’ombre et les cafards géants aux ailes dures
Ils battent le rappel des chants liturgiques scandés en silence dans les Interhawés pour le 
ménage entre Hutu et Tutsi, relisant les maximes célèbres jadis gravées sur les frontons 
audacieux des temples 
Ils battent le rappel desrévisions : la géométrie des architectures séculaires et pluriséculaires, la 
rondeur de la joue des statues et l’étroitesse de leur frontal et la rectitude de leur phallus.
Le rappel de l’ambiance et du multiplex, le rappel des messages abrégés dans les signes 
inaudibles, le rappel de la ronde des vers et de versets,
Car nous avons nos jazz et nous les sifflons à tous les sons et à toutes les longueurs agrées par les 
olifants et les trombones, et nous les sifflons dans toute la magnificence de leur puissance 
contenue dans leur éclat d’or et leurs rayures diamantées.
159
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
II
 
A force de courage, à force de patience certains retrouvent la clause d’une peine enchaînée et 
sondent les secrets du nœud du fétiche
Et voici, à force de trémolo, les délices primordiaux jadis ambiantes aux heures nostalgiques, 
aux heures de l’âge d’Eden.
Et voici les cèdres de préjugés brisés et les clichés rompus, les cidres en otage de gui sauvages, les 
cidres rompus à leurs racines brisant au passage les clichés à demie peau livrant au grand jour 
ses propres turpitudes.
Et voici, à force de souffler sur les cendres rêches, de diminuer les parois muqueuses de 
pacification tissées à force doigts, à force d’entonner,
Voici la chanson du ralliement buvant l’hymne légendaire des cadences catholiques, aidé d’un 
roseau dur taillé au son doux d’un olifant dur.
160
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Troisième feuillet
 
I
 
J’ai écouté ô mer ton chant debout ton champ accordé avec ma voix de poète de silence 
savourant la rythmique de tes vagues répondant aux doums-doums de mon tambour intérieur.
Que m’ébrèchent les oreilles, les crécelles de tes insectes, tes poissons qui susurrent leurs 
gazouillis aquatiques, tes algues qui déjouent les courants, 
que m’ébrèchent ô mer, les coassements de tes batraciens en liesse.
 
Cédant aux avances des sirènes, tombant des nues devant les chansons des divinités. Jubilation 
pour jubilations ! Que non ! Voici que mes baguettes se révoltent, trahissant ma dextérité de 
Mandrill et la virtuosité de Bala Féséké, légendaire balafoniste du Sun Jata.
Maintenant, les lamantins déploient leur gorge de rires profanes, vrillent leur poumons de 
sanglots primitifs et sarclent la douleur de l’ineffable.
Maintenant, les lamantins baptisent mon chemin cahoteux et le sacre dans l’éternelle douleur.
161
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
II
 
Mer des offrandes innocentes ! Mer sans répit balançant les palmes riveraines imbues de leurs 
rires profanes, mer sans répit bravant les rires et pipis des industries,
Les saudades retournent leurs proies à l’eau et pirouettent dans les ultra confins du golfe ;
Les capitaines se décapitent de leur trop plein de moisson onctueuses pourléchant leur barbes, 
moisson onctueuses pourléchant leur bronchites émancipées ; Et les algues dans leurs courses 
folles, échouent aux larges!
 
Mer des offrandes innocentes ô mer sans répit rompue aux renouvellements, mer sans retour 
toujours en quêtes des hautes cimes, mer des rétributions encore en révision de la mappemonde,
J’admire ta solitude de grands anges, ta solitude calquée sur l’amour du réel et le partage, celle 
des grands qui se retouchent, celle des anges qui se ramènent 
 
Renoue le dialogue avec les huîtres. Reprends la langue des algues, perdues dans les quinconces 
des huiles et les tourbillons du pétrole brut,
O mer des offrandes innocentes ! Mer sans répit brouillant le calice retroussant les fougères pour 
retrouver l’unité des rêves, l’unité du réel, l’unité primordial.
162
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quatrième feuillet
 
I
 
Je salue le bourgeon fidèle à la racine et au tronc placé hors-champs de tout scepticisme
Je salue le chant liturgique, je salue, debout comme un officiant, ce chant de triomphe pour un 
nom
Je salue le cabri gambadant ses fiançailles à la paix, mais sommé d’épouser la gloire, le cabri 
sommé pour son courage de fer et son échine d’acier,
 
 
Buti Mandela Madiba ! Voici un halo encadrant ta tête comme les cannelures du scribe.
Les quatre points cardinaux raffolent les paroles de Rédemption, exaltant les prouesses d’un 
cœur fort, 
Et voici l’éclat du verbe résonnant comme l’os dur reprennent les échos internes d’un cœur pur 
exempt de toute souillure.
Le verbe du chantre à la flore pariétale répandu dans les mangroves, repris en échos dans les 
temples des retrouvailles.
Je salue l’aube au vent qui caresse le sourire de l’espoir du sourire et le soupir de l’angoisse
Car voici venue le temps du sourire sans rire, le temps des guenonades, le temps de l’aube dans 
les Kraals.
 
163
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
II
 
 
 
 
 
 
Rompant jonc feuilles fleurs pour traduire le langage de l’Irréel, fumée flamme feu pour 
transcrire la rotondité du cosmos,
L’aube s’éclaire où le génie frappe les lobes du frontal, s’éclaire où le message en colimaçon gicle 
les bordures des cauchemars, 
L’aube lève le voile sur la terre des hommes, lève l’embargo sur les piétés meurtries juchées dans 
ses ultimes retranchements,
 
Je salue le Maître à la parole de miel et au poing levé saluant le ciel, le Maître semant dans les 
cœurs les pépins de l’espérance.
Opiniâtre à sa seule conscience de nègre, sa seule raison de vivre et d’espérer
Je salue le Maître se dérobant de la fin de la légende comme le fruit mûrit sans se blettir, le 
Maître aux aguets de l’histoire sucrant à chaque fois le pont final, le Maître à l’haleine d’ange, 
distillant la ration des agneaux innocents.
 
(…)
164
Gabriel Haïpam
Changeons la donne (extraits)
Hécatombe (publié à compte d’auteur aux éditions de la lune, Levallois-Perret, France, 2007)
Monde (tiré de Sur tes bords !)
 
Changeons la donne
 
Changeons la donne
Un jour nouveau commence
Au détour des rubriques
Un nouvel peuple s’avance 
Et avec lui sa nouvelle nouvelle
 
C’est la joie sur les cœurs
C’est la joie sur les visages 
Cachés dans le noir verdâtre
Et commence aussi la fuite
En avant graduée, montée 
Sous l’effet du soleil de la renaissance
Sous l’effet des cris des monts Mandara
Sur les vallées de Marienberg
Sur les décombres que l’on surnomme
Sur les pistes des bœufs, à la limite des paysages du Grand Nord
 
A Mokolo les Mafa et leurs tapis de lianes
Vers les mangroves
Tu es cette Afrique des miniatures
D’Ebolowa à Ekounou en passant par Ndikiniméki
Pays de Nga Augustine mon amie
 
Changeons la donne Abraham 
Finis les pleurs 
Voici ton nom gravé
 
165
Oui changeons la donne, 
Enlevons les écailles des crevettes 
Qui nous injectèrent ce malade poison 
Et scellèrent pour un temps notre devenir
Nous pouvons le changer 
En changeant la donne du vendredi
Lundi ou mardi 
C’est mercredi qui dit merci
 
(…)
 
Changeons la donne
Peuple du rivage des sagaies
Peuple des crevettes antiques
Tu es historique 
Et voici la globalisation de nos contes 
Et de nos fables
 
Un nouvel élan s’ébranle qui dit bonjour à la plaine
Aux eaux boueuses des sécheresses
Qui dit bonjour à la colline
Au loin des plaintes les complaintes 
Arrachant quelques bribes d’éclats de mains !
Ce n’est plus le temps des semailles, 
Nous avons depuis longtemps semé de la bonne semence 
Sur une bonne terre. 
Ce ne fut point une stérile terre sans vie, sans enfant
Enfant revendiquant sa part du républicain pain
Cette terre on a toujours cru en elle depuis les ères de nos ancêtres
O Cameroun berceau de nos ancêtres de Foulassi
 
Ils ont comme nous chanté l’hymne du ralliement 
À l’unité du peuple sorti de l’étendue des idées
Ils ont comme nous prêtés serment de fidélité devant Dieu 
166
Et juré de servir en toute quiétude notre terre
Cette terre de notre diversité culturelle
Cette terre du sanglier, du hérisson, 
Cette terre de l’effort du culte de l’héroïsmeEt de la paix sur toutes les haies des athlètes 
Et de nos champions millénaires
Cette terre du cacao, du coton, 
Des arachides, des concombres, 
Du plantain, de la canne à sucre, 
De la banane, O banane as-tu vu mon âne ?
Cette richissime terre refabriquant les cotylédons de la vie
Richesse jamais consommée !
Cette riche terre d’une jeunesse insatisfaite !
 
Ah ! Changeons la donne
 
(…)
 
Changeons la donne en pardonnant 
En rendant justice au peuple 
Dans sa totalité 
Que tombent les chaînes de la souffrance 
Dans le sectarisme
Et que le peuple marche 
Dans la liberté de la patrie
Et que marche la nation princière
 
Ce n’est plus la période des semailles
C’est celle de la récolte après la pluie
De cette récolte qui ne se peut faire en rangs dispersés
De cette récolte qui se moque du clientélisme, du copinage, 
De la compromission, de la familiarité des financements 
Et du laborieux labeur assassiné
Ce n’est plus le temps des semailles
167
Le temps des Fonds monétaires budgétivores
Le temps des Banques mondiaux
C’est le temps de la récolte
Changeons la donne
 
Qui enfin doit espérer 
En plus d’équité, de droiture, 
De travail dans le mérite
Si ce n’est mon peuple !
Qui doit enfin espérer en plus d’humanisme, d’égalité, 
De santé et d’éducation 
Si ce n’est le peuple au sortir des recensements et des enquêtes pilotes
 
Qui enfin doit espérer
En plus de Paix
En plus de Travail
En plus de Patrie
Mon peuple, 
Peuple triangulaire plongé dans sa surface mondiale !
Vu en bordure du Bec de Canard !
Ô Bec, no bek me!
 
Mais honte frappe à nos portes 
Entreprenant d’entrer et de faire de nous ses trophées
Pour dicter ses lois et faire sa joie
Souhaitant que les pratiques lointaines convolent en douce fusion
Pour fusiller nos enfants et boire de l’eau des avaries
Pour réduire à néant nos sacrifices
 
Soyons vigilants à ses actes et postures !
Que la maladie soit endiguée sur les hémicycles des hôpitaux
Ainsi avons-nous besoin de manger les bienveillants mets emplis du pays
De notre pays promis qui est à nous
 
168
Il y coule du lait de vache, 
Du bon lait de Camlait
Il y coule de la bonne eau, 
De la bonne eau de Camwater
C’est la source de la viande charnue, 
Du bovin viandé au sourire magnan
 
Il y coule du bon grain foot, 
Du football mvêtique marque Lions Indomptables
Marque déposée. 
Afrique en miniature 
À toi la verve patriotique 
Et l’héroïque souvenir
Changeons la donne
 
(…)
 
En moi je porte la honte de mon peuple
De mes ancêtres Massa cloîtrés
Dans le ventre du cercueil
En moi je porte leur courage, leur bravoure,
Leur lutte, leur coup de bâton et leur hésitation
En moi je porte la honte du sourire et du rire
De la jeune fiancée regimbant dans la case
Je porte et sa souffrance et ses transes et sa prison
A l’entrée des amants !
 
En moi je porte la honte des chemins caillouteux
De Guéré
Je porte la honte des Coupeurs de route
Roucoulant à l’entrée des marchés périodiques
Je porte la honte de la démission
Après la mission de soumission 
A Guéré changeons la donne
169
 
En moi je porte 
La honte de la vache 
Marchant sans caleçon
En moi je porte la honte des fontes des fonds publics
En moi la honte des fonds routiers
Regardant dans la bouche de la corruption
Regardant dans la bouche de l’épreuve
En moi je porte la honte 
De l’inachevé, des crevettes
Au détour des noctambules
 
En moi je porte la honte 
De l’immigration 
Et de ma noire peau
En moi je porte 
La honte des crises, des cerises,
La honte du manque de dialogue
En moi je porte la honte des enfants soldats, 
Des enfants orphelins livrés
Au bonjour des félins 
Influençant les redoutes fournies
 
Changeons la donne du pays des rivières
Du pays des crevettes
Du pays du Char des dieux
Changeons, Ô CHANGEONS LA DONNE !
 
Changeons la donne en toute fierté
Avec amour et unité
Pour ouvrir la voie du voyage
A travers le vaste paysage
 
Aux habitants de la terre entière
170
Donnons la main bien faîtière
Que la cloche sonne, sonne, sonne
« Changeons, Ô CHANGEONS LA DONNE ! »
 
Changeons la donne
Les perles sont rares
Rares rares rares
 
Changeons la donne
Les perles sont rares
Rares rares rares
Ouvrons la porte…
Hécatombe…
 
Hécatombe, hécatombe,
Accident de parcours,
Accident de détours,
Hécatombe des écosystèmes.
 
Tes nerfs craquèlent,
Les cratères sur les hémisphères,
Tes cordes épidermiques,
Provoquent les tumultes.
 
Rapsodies parmi les tourbillons,
D’Ebombé – les tourterelles,
Dégagent le macadam,
Qu’a semé le vieux colon Allemand.
 
Hier tu as emboîté,
Le pas au chauffard,
Qui tentait de doubler,
171
Son condisciple.
 
A l’entrée de la grande,
Ville portuaire camerounaise,
La voie O combien voilée,
De concert désemparée !
 
La voie déséquilibrée ! 
Avait fini son marathon,
Eperdue dans l’abîme,
Où bientôt une masse de sang affluait.
 
A toi voie déshéritée,
Dévergondée. Les rythmiques,
Forestières et savanicoles,
Sautillent sous les toits raphiales.
 
Nitrifiant la voie des hommes,
Nitrifiant la voie des femmes,
Nitrifiant la voie des enfants,
Nitrifiant la voie de l’humanité !
 
A quand le nivellement ?
A quand l’exécution pragmatique ?
A quand les fonds routiers ?
A quand l’humanisation de la vie ?
 
Hécatombe, la vie,
Est légère, délétère,
Dans ta cacaoyère,
Par tes hélicoptères !
 
La vie,
Est initiation,
172
Injonction dans,
La jointure des lions.
 
Voie jonchée,
A la magistrature des serpents,
Voie jonchée,
A la sucrerie des volcans.
 
Hécatombe !
 
A quand le dévoilement !
Hécatombe !
A quand le développement !
 
 
 
 
 
 
Monde
 
Enchevêtrement d’ennuis
Mystère monde
Tes yeux de soleil
J’étais sur tes bords
 
Ta gourde de plomb que cache
Les réverbères des pierres tombales
Refuse d’échiner les refrains
Des satrapes de l’Ouest
 
J’étais sur tes bords
173
Les parallèles de ma mémoire
Au demeurant des mourants
Virevoltaient sans coup frémir
 
J’étais sur tes bords
Aux abords des reliefs
Cadenassés par les mimiques
Abécédaires de la jeune demoiselle
 
J’étais sur tes bords
Tandis que les naufragés
Pouffaient de rire
Eberlués par les mascottes
Qui s’approchaient de la rive
 
J’étais sur tes bords
Sagesse savait sous-estimer
Les étoiles ombrageuses
Des courants de vent
 
174
Edouard Kingué
 
Banlieues de l’exil
 
Banlieues de l’exil
 
1
 
Au seuil de la cité plane
Le crépuscule permanent
Sombre sommeil des bêtes 
Les oiseaux déjà ronflent
Les fleurs ferment leurs pétales
Un vent mauvais hante les rayures du ciel.
 
De l’autre coté de l’océan
Dansent les rivages virtuels
Mirage du lointain oasis
Bordures calmes de l’inconnu
Obstacles comme un défi
Le feuillage se vêt de sombre
A l’angoisse des cités castrées
 
2
 
Les vagues hissent le mât
Blanc des graciles colombes
La mer ouvrira ses bras
Aux grimpeurs de la montagne
Paysans et ouvriers de la cité
De la désespérance viendra
La guitare d’une autre rive
 
175
Guitare espagnole ou bantoue
Cordes sensibles du vaudou
Sur les rivages de la tourmente
Où chaloupe la vague espérance
Chaque visage d’amphore
Est la promesse d’un autre port
Quand chancellent les âmes…
 
3
 
Sur la ligne de feu
Les êtres pétrifiés gigotent
Les crapauds trapus bafouillent
Engrossés par la mer debout
Les nuages desserrent leur vessie
Le peuple rêve de traverser
La barrière de l’horizon
 
Guitare espagnole ou bantoue
Cordes sensibles du vaudou
Sur les rivages de la tourmente
Où chaloupe la vague espérance
Chaque visage d’amphore
Est la promesse d’un autre port
Quand chancellent les âmes…
 
4
 
Sur la ligne de feu
Les êtres pétrifiés gigotent
Les crapauds trapus bafouillent
Engrossés par la mer debout
Les nuages desserrent leur vessie
Le peuple rêve de traverser
176
La barrière de l’horizon
 
Fluide intérieur
Volcans endormis
Tremblements de cœur
Au rythme de l’errance
Aujourd’huiencore continuelle
De nos cités-continents…
 
5
 
Il pleut
Longtemps
Il pleut toute l’eau des océans
Des fleuves et des torrents
 
Combien de comètes
Ont frappé le fonds des volcans
Charriant de vivantes molécules
Sous la feuillée des arbres
Près des sources primitives…
Mots tus
 
1
 
Faut-il
Les accents tuer
Pour les mots ressusciter
 
Doucement
Aprement
Des mots-repères
Aucunement
177
Des mots tus
Des mots-évangiles
 
Ergotantes
Bouches d’incendies
Percluses d’arthrose
Erotiquement éclatés …
 
2
 
Les mots épincetés 
Silencieusement épars
Impunément perdus
Saignant sur des échardes
 
Les mots diront-ils
Ces maux de la cité
Désamarrée
 
Seulement
Dis-moi
Le point focal 
Du silence
Désemparé
 
Immolé
Incandescent
Flamboyant…
 
Dérive
 
Ciel d’Afrique
Ciel sauvage
178
Ciel de douleur et de silence
Sous la dérive du jour
Le continent se terre
Ni le soleil ni la lune
Ne couvrent tes flétrissures
 
 
 
 
Dialogue (par sms)
 
Moi
 
Le ciel parle…
…le ciel pleure
cercles de lumières
 
Boule des eaux…
…De miel et de fiel
Affluents de l’amer
 
La cité étend…
…Ses séides
Roulis en cascade
 
Lui
 
Drôle de demi-siècle…
…Je ne t’envie plus
Ayant mâché les ans
 
Cinq ans déjà pourtant…
…Pourtant passés en revue
Et s’envasent les âges…
179
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Étalon
 
Je voudrais excaver des côtes la roche stérile
De larges encoches où macère la pénurie
Une outre sans fin gorgée de sang et de rides
Où s’enferment au quotidien nos rêves arides
 
Comment vibrer de ferveur à l’orée de toi
Entrer en transes, m’élever jusqu’au beffroi
Planter ma foi dans les serrures de ta contrée
Et chanter le credo pour ma terre désolée
 
Donne-moi des graines pour engrosser cette terre
Ensemencer les oblongs sillons de misère
Transmets-moi la fougue ombrageuse du sorcier
A chaque étreinte autour de tes reins embrasés
 
 
 
 
 
 
 
180
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Féroce cité
(À E.T. du Sunnugal)
 
Ô nuit noire d’Akwa
Sous les spots des lucioles
Nuit d’encre
Sur l’échine de ma vie
 
Nuit de jais
Délestage et déluge
Le ciel pique une colère
Sous l’œil des lampadaires
 
Nuit d’aube promise
De nos peurs trempées
De soleil demain
 
 
181
Floraison
 
(À Toco Ndedi, 
par delà le temps et l’espace)
 
Sur les ailes de Beethoven
Flânent des notes cristallines
En petites foulées 
Danse l’angoisse
 
Crescendo pour nuit enfiévrée
Tout doit sur terre fleurir
Muse musique zamour
Vis : Lumière
 
 
 
 
Frontons
 
Repeints les frontons de la vie
De vert de rouge de jaune
De jacinthe d’eau aussi
Rase les murs peints de gris
Où transpire la laideur
 
Efface les griffures
Des poèmes autodafés
Des roses lilas fragrances
Volutes d’amour toujours
 
182
Rallume les torches éteintes
Feux des strates de la cité
Repeints les murs 
Avant l’aurore de janvier
Pour redonner vie à nos étreintes
Ilot
 
Femme, 
Ma mer intérieure
Je brûle encore 
Du feu de ta fièvre
A la fin des ébats
 
Ferme mes yeux
De la cire la plus dure
Plombe mon cœur
Scelle ma douleur
Ô femme, ma mère
 
 
L’agonie du fleuve
 
Les flots sans rivages expirent
Les bâtisseurs de châteaux de sable
Ont fait le siège de l’estuaire
Le fleuve se meurt en silence
 
Les pirogues se sont ensablés
Les rameurs ne chantent plus
Les poissons immigrent ailleurs
183
Les crocodiles gémissent
Sur le viol de la mangrove
 
Chaque jour plus profond
S’enfoncent les sexes de fer
Dans le vagin fécondant du Wouri
Qui mourra de vos morts programmés
 
Le dernier adieu
 
Ah ! Si tu pouvais palper
Les griffures de ma passion
 Mon âme grêlée d’amour
 Si tu pouvais venir dès l’aube
 Scruter mes portes focales
 
Ah ! si tu pouvais
M’enlacer comme une liane
 Une ficelle tropicale
 Un lacet de soulier éventré
 Dans la poubelle de la vie
 
Offre-moi avant ton départ
Une alvéole de souvenirs
 Un tunnel à l’allongée de l’enfer
 Requiem pour amour évaporé
 Ticket pour un dernier adieu
 
Ci-gît le rhapsode
Aède de l’errance
 Le barde du mal-être
 Qui porta son âme équarrie
 Aux bancs du cosmos 
 
184
 
 
 
Moi, Dogon !
 
Honni Mali oublieux de Moussa Traoré
Pauvre hères dans des incantations perdues
Des nonces apostasiques embrasent l’Afrique
Ma terre brûle des dieux de la Baule
 
M’évader de ce linceul
Au-dessus des montagnes ensorcelées
M’initier aux rites tabous des aïeuls Dogon
Derrière les buissons
Ou flambent les vents atlantiques
 
 
 
 
Oraison
 
Je vous salue 
Marie
Je vous marie
Salut
Marie 
Salut chez vous
Salut
Je vous marie
Marie
Je vous salue
Chez vous salut
Marie
 
185
Sabot éternel
 
Je suis la houle de montagne
Ciel plombé d’ergots
Bouc émissaire du moissonneur
 
J’habite au versant nord
Du sud de l’âme du monde
Une case sans toi, sans moi
 
J’ai rebâti l’arche, la goutte de rosée
Le sourire du masque, la verge du sorcier
Le silence au commencement de la parole
 
Je suis le compas du dernier jour
Guerrier de lumière
Qui au matin invente l’amour
 
Ilots, marigots, sceaux d’eaux
Archets, pinces, Monseigneur !
En combien d’effluves as-tu crée l’artiste
 
Tocsin
 
Joli soir
Filtre des orages
Soir si calme
Sous les palmiers nains
 
Le tocsin 
Sonne le glas
De notre trame 
Sans fin
186
Lionel Manga
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dévissage
 
Sur le toboggan sinueux des jours rêches
Sa glissade à ciel ouvert semblait sans fin,
Inexorable descente vers une apocalypse entrevue,
Comme une mouche dépourvue de ventouses
Dévalent une paroi lisse
J’ai longtemps, espéré, désiré,
Au bout de la nuit blanche,
Que le soleil reste enfoui dans son trou
Et ne se montre pas
Aux ocelles d’un papillon désenchanté,
Fourvoyé en contrée d’incandeur,
Et dont l’iridescence se dissimulait
Dans les fronces du temps
187
18/02/78
Jour seuil jour sans jour guillotine
Amertume puissance mille
Jour indélébile gravé au laser
Dans le marbre du temps
Jour de liesse et de bière en dictature naguère
Un jour de gloire en ce temps-là du Père de la Nation
Férié et chômé sur toute l'étendue du territoire
Jour relevé au petit piment rouge
Un jour glacial fiché dans une vie tronquée
Comme la lame d'un couteau entre les omoplates
Jour de suie ignominieuse
Un sale jour glauque jusqu'à la moelle
Epouvantable jeudi noir
Lanceur d'inconsolation au long cours
Sur la fréquence dissidence et insoumission
La docilité a fait fausse route ce jour-là
Un jeudi de crue de merde
Flanquée d'un pâtre estampillé et prestigieux
Chargé de ramener dans la volière un ara égaré
Et mission accomplie
L'oiseau est dans la cage et sous clé
Au grand soulagement du Binôme
Le trio trinque aux dépens du rapatrié
Leur conspiration odieuse mutile une vie
Mais nul d'eux n'en aura cure
Ni non plus de la souffrance qui l'essore en permanence
Dans une constriction étouffante
Qui manque de le pulvériser
Une page de sa vie est tournée à mi chemin
Brutal inachèvement
Le rêveur a longé et contemplé le précipice de la haine
Sans céder au vertige enivrant du meurtre
Blotti dans une bulle lumineuse de mansuétude
188
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Détresse
 
1
Bruit dedans bruit dehors
Tumulte ici tumulte ailleurs
Fracas par ci fracas par là
Tapage en haut tapage en bas
Charivari au sud charivari au nord
Boucan à l'est boucan à l'ouest
Vacarme devant vacarme derrière
Noise en long noise en large
Clameurs à l'aube clameurs au crépuscule
Tintamarre au centre tintamarre en diagonale
Cacophonie de jour cacophonie de nuit
Raffut à droite raffut à gauche
Au voisinage nord de la latitude zéro
Dans la galerie fractale du Fiasco
Lassitude cherche en vain cavité de silence
189
 
2
Zizanie dedans zizanie dehors
Rixe en haut rixe en bas
Querelle pour un oui querelle pour un non
Fâcherie à l'aube fâcherie au crépusculeDiscorde au sud discorde au nord
Rancune à l'ouest rancune à l'est
Brouille de jour brouille de nuit
Esbroufe devant esbroufe derrière
Rivalité à gauche rivalité à droite
Loi du talion ici loi du talion ailleurs
Traquenard au centre traquenard en diagonale
Mines en long mines en large
Au voisinage nord de la latitude zéro
Dans la galerie fractale du Fiasco
Candeur cherche en vain écrin de douceur
 
3
Hyènes à gauche hyènes à droite
Vautours en long vautours en large
Crotales dedans crotales dehors
Scorpions devant scorpions derrière
Squales à l'aube squales au crépuscule
Frelons à l'ouest frelons à l'est
Murènes au sud murènes au nord
Magnans ici magnans ailleurs
Tarentules au centre tarentules en diagonale
Piranhas en haut piranhas en bas
Guêpes pour un oui guêpes pour un non
Chacals dedans chacals dehors
Au voisinage nord de la latitude zéro
Dans la galerie fractale du Fiasco
Utopie cherche en vain site viable
190
Show aérien
 
Elle déboule,
Dans la transparence lumineuse du jour,
Fusant sur sa lancée en zigzags,
Elle part en piqué soudain,
Et se redresse au ras du sable,
Elle monte en chandelle, décroche
Et virevolte, elle s’éclate
Dans un bain de photons,
Esquissant un graphe incalculable,
Fille de l’air,
Demoiselle diaphane aux yeux globuleux,
Elle cabriole dans des figures étourdissantes,
A couper le souffle
Du plus chevronné des pilotes,
Elle disparaît tout à coup en altitude,
Parmi les hirondelles qui mènent un ballet similaire,
Puis la revoilà, si c’est bien elle,
La même, frétillante,
Vol stationnaire,
Et la voilà reparti pour la haute voltige,
Ivre de lumière,
Au-dessus de la cour cernée de murs moussus,
Elle batifole sur tous les paliers,
A fond le battement d’ailes translucides,
Elle ne s’arrête pas,
Elle fait son numéro de libellule,
Un dimanche au bord de midi
Et de solitude ensoleillée,
Au fond de Bonabéri
191
Elle
Hier encore
Pas si loin
Elle
Si rieuse insouciance
Radieuse grâce
Câline candeur
Effrontée
Elle
Enjôleuse splendeur
Un éclat anthracite
Fragment de diamant
Etincelante
Elle
Aujourd’hui
Porcelaine fracassée
Fleur flétrie
Folle presque
Sur la souffrance recroquevillée
Elle
A des soudards livrée
Pour cause de tracts séditieux
Sur le perron de l’adolescence
Bousillée
Défoncée
Malmenée
A la guise des bourreaux
De nuit et de jour soumise
Elle
Qui se cache
Qui se terre
Recluse dans une infinie solitude
En attendant de la mort
La délivrance rédemptrice
192
 
 
 
 
Sans lune
 
Certaines nuits sans lune,
Le ressac ininterrompu de l’océan
Ressasse une plainte douloureuse,
Certaines nuits sans lune
Le mugissement immense de la houle
Murmure une confidence ancienne,
Certaines nuits sans lune
Les risées interminables qui frisent l’onde
Résident en boucle une odyssée tragique
Certaines nuits sans lune,
Le ressac ininterrompu de l’océan
Ressasse une protestation infinie
Certaines nuits sans lune
Le mugissement immense de la houle
Murmure un déchirement atroce
Certaines nuits sans lune
Les risées interminables qui frisent l’onde
Redisent en boucle l’épouvante des esclaves,
Certaines nuits sans lune,
Le ressac ininterrompu de l’océan
Ressasse le cliquetis de leurs chaînes,
Certaines nuits sans lune
Le mugissement immense de la houle
Murmure la terreur froide des captifs,
Certaines nuits sans lune
Les risées interminables qui frisent l’onde
Redisent en boucle une amère malédiction
193
Brasero blues
 
Au-delà des lueurs du crépuscule,
entre mangrove et macadam,
la nuit a évincé le jour maintenant
et la trépidation urbaine passe sur une autre fréquence,
au fil rouge des minutes qui scandent la ronde des heures 
à l'horloge transparente du fiasco en couleurs acides, 
fauteur de suffocation locale,
la lice de la frime est ouverte,
la mise en bière passe à la phase vespérale
dans les rues sans cachet de la joie concave,
et le conclave de la résignation bat son plein
dans la nuit anthracite de l'amnésie historique,
la dissipation est lancée et déboule à tombeau ouvert 
sur les boulevards lisses d'un doux leurre fluo,
la fraîcheur se pavane dans des miasmes ammoniaques,
dolce & gabbana, diesel, kenzo, armani, gucci, céline, 
hermés, gap, ralph laureen, façonnable, von dutch and co,
la clique griffue de têtes à claques vert rouge jaune,
membres périphériques de la global glamour society,
escortes de leurs émules de croupes et de seins,
parties prenantes et prenables du bal des masques,
au son des crécelles et des castagnettes de l'illusion en 3d, 
haute dentition garantie pour fiction non remboursable
et cuisante est la morsure du feu de braises 
rougeoyantes sous un bar un bossu un capitaine un maquereau 
un brochet une daurade une carpe une sole un brochet,
au menu du festin sans modération des sacripants,
et des experts de la navigation en eaux saumâtres, 
qui montent, qui descendent, turbides,
194
faiseurs émérites de remous et de rumeurs 
sur le méridien tropical du vide assourdissant,
et au grand dam des scintillantes stars 
qui balisent le firmament encre de chine,
côté sud de la planète qui part total patraque,
et le climat déglingué par la déraison capitaliste
qui s’réchauffe, qui s'réchauffe, qui s'réchauffe…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
195
Chagrin, étoiles et agapes
 
la fanfare se fait de plus en plus proche,
sur le boum boum intermittent de la grosse caisse
qui bouscule la quiétude huppée,
et des aigrettes blanches effarouchées, 
décampent à tire d'ailes,
dans le crépuscule paisible,
vers une destination inconnue,
cap éventuel sur le printemps qui revient,
tandis que dans les manguiers a l'entour,
batifolent des chauves-souris piaillantes,
et le fracas d'un zinc qui passe va decrescendo,
dans le crépuscule paisible,
une onde de chagrin se propage,
et bientôt monte dans l'air turbulent,
portée par un chœur composite de femmes,
une poignante mélopée vernaculaire,
qui se hisse mezzo voce,
au-dessus de l'opulence urbaine en deuil,
jusqu'au voisinage du mince croissant de lune 
suspendu dans le ciel 
où quelques étoiles déjà, 
palpitent et scintillent,
pour le bonheur des rêveurs invétérés,
et la vie venue de loin continuera,
puis l'absence sans bruit cicatrisera,
mais pour l'heure dans maint esprit avide,
196
se profile une formidable collation,
des agapes post-inhumation,
une déflagration de victuailles annoncée
vins fins, liqueurs et champagne en vue,
pour gosiers vertigineux et estomacs sans fond,
en mal de ripaille aux frais de dame mort.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
197
Effroi
 
des spectres divaguent en cohortes pâles,
sur le plateau lunaire criblé de soleil,
parmi des débris de rêves et des tessons d'espérance,
formes incertaines dans la réverbération éblouissante,
quelques mirages fluorescents vibrent sur l'horizon, 
des chimères tourbillonnent dans le vent mauvais,
pléiade dantesque jaillie des abysses infernales,
leurs hurlements d'apocalypse lacèrent la puanteur,
couvrant le cliquetis des squelettes sous le ciel de feu,
longue procession chaotique clopinant vers le néant
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nymphettes
 
dans le labyrinthe fractal de la nuit urbaine venue,
des nymphettes graciles, explosives, 
sillonnent les rues précaires de la joie fragile,
poupes et proues houleuses en promotion lascive,
au supermarché de la concupiscence a tout vent,
gladiatrices cuirassées de désillusions corsées,
elles ferraillent avec des jongleurs de liasses interlopes
sur le méridien acide et sans cœur du froid cynisme.
198
Dili Palaï
 
On n’a pas fini de pleurer
1. On n’a pas fini de pleurer
 
On n’a pas fini de pleurer
Hier nous étions en grève
Hier nous croyions bien faire
Mais on n’a pas fini de pleurer
 
Nous avons escaladé des épines des ronces
Nous avons déménagé pour toujours
Nous avons aussi jugé des malfrats
Mais on n’a pas fini de pleurer
 
Pourquoi m’apprendre à mebaigner
Dans les larmes usées de plusieurs visages ridées aujourd’hui
Pourquoi ne pas s’abstenir 
De me faire toujours pleurer
 
Bon gré mal gré sur mon chemin
Se trouve une boule toute rouillée
Que je m’empresserai de rouler
Au feu qui me fera toujours pleurer
 
2. L’école en pleurs
 
L’école d’hier m’a fait pleurer
La charmante maîtresse m’a donné à penser
Le maître du champ m’a fait chaud aux fesses
Mais on n’a pas fini de pleurer
 
L’école d’hier c’était un caméléon
Qui avalait des arachides grillées
199
Que des vendeuses affamées distribuaient
Elles n’ont pas fini de pleurer
L’école d’hier c’était des balles perdues
Dans le dressage des canards tordus
Dans de la nivaquine au soir
Mais qui a fini de pleurer
 
J’ai été à l’école hier et y retourne aujourd’hui
Car l’école hier étouffe aujourd’hui
Avec sa ruse et ses faux fuyants
Devant les incongruités de ce monde
 
L’école hier a dépravé les consciences
L’école d’hier que l’on brandit tant
L’école d’hier que l’on chasse aujourd’hui
Dans les tribunaux de la République
 
Nous avons fait nôtres à tout vent
Les indices de l’école d’hier
Mais la trahison du triomphe
Nous rend coupables de notre culot
 
L’école d’hier nous fait pleurer
Car elle met mal à propos
À l’épreuve des bonnes gouvernances
Et on ne finira pas de pleurer
 
Parfois à des dizaines de milliers de kilomètres
Il fallait chercher son bonheur
Qui s’écrasait dans des accidents 
Une nouvelle occasion de pleurer
 
200
3. Pour tous ceux qui aiment pleurer
 
Ce poème je l’écris
Pour tous ceux qui aiment pleurer
Pour tous ceux que la douleur phagocyte
Dans ce monde de mœurs épars 
 
Ce poème viendra à coup sûr
Ôter les intentions de joie à ceux qui aiment oublier
Que beaucoup parmi nous pleurent
Et ne s’empêcheront pas de périr en pleurs
 
Ces vers qui chantent hantent et déchantent
Se noieront j’en suis sûr
Et buteront contre le roc
Des âmes qui ne finiront d’essuyer les larmes
 
4. Illusion
 
Un bureau douillet 
N’accueille pas que les bons chefs 
Une automobile scintillante
N’a pas toujours un bon conducteur
Des biens matériels en abondance
Ne sont pas toujours synonyme de vie heureuse
Une saison de pluies abondante 
N’annonce pas forcément de bonnes récoltes
Une lune apparue le bon jour
N’est pas toujours signe de fête
Un bon cultivateur 
Ne se reconnaît pas qu’à sa houe
Un bon maître
N’est pas toujours couvert de craie
Un bon martyr
201
Ne fait pas toujours plaisir à tout le monde
Un bon député
N’est pas toujours honorable
Une bonne odeur de cuisine
N’emplit pas toujours le ventre du pauvre
Une bonne tempête
Ne présage pas que des malheurs
Tout ce que nous savons vivons connaissons pensons touchons voyons
N’est que le reflet de toute vie 
Tout n’est qu’illusion ici-bas
Et Dieu l’a voulu ainsi…
 
5. Mon monde à moi 
 
Mon monde à moi je le veux enfantin
Mon monde à moi je le veux gentil
Mon monde à moi je le veux vivable
Mon monde à moi je le veux candide
Mon monde à moi je le veux horizontal
Mon monde à moi je le veux juste
Mon monde à moi je le veux divin
 
Je ne veux pas d’un monde violent
Je ne veux pas d’un monde rigoriste
Je ne veux pas d’un monde puissant
Je ne veux pas d’un monde en feu
Je ne veux pas d’un monde truqué
Je ne veux pas d’un monde trop corrompu
Je ne veux pas d’un monde fanatique
Je ne veux pas d’un monde obtus
Je ne veux pas d’un monde doré
Je ne veux pas d’un monde mécréant
 
Qui nous fait larmoyer tous les jours
202
 
Car je ne le dirai jamais assez
On n’a pas fini de pleurer…
 
6. Toujours en sang
 
Des meneurs d’images 
Toujours en sang
Montrent le sang répandu 
Des meneurs d’images 
Toujours en sang
Occultent les plaies de la cité 
Images de sang 
Pleines sous les tropiques
 
Verser des horreurs c’est bien beau
Égrener des fureurs c’est adroit
Mais nos consciences affaiblies
Répugnent de malaise 
Rien n’est beau tristesse et folie
Rien n’est beau violences infernales
 
Si toujours de sang vous êtes
On ne finira jamais de pleurer…
 
7. Prière
 
Mon Dieu 
J’espère vivre mes funérailles
Avant ma mort
Mes frères
Donnez-moi un grand bol de bouillie
Quand je vous regarde encore
Faites-mois danser
203
Pendant que je tiens sur es deux jambes
Offrez-moi le sourire
Chaque fois que je vous salue
Que la décoration que j’attends
Rime avec mes problèmes de chaque jour
Car on l’a toujours pensé
Les funérailles d’outre-tombe 
Seront futiles pour moi
Mais futiles pour ceux qui restent
 
8. Dépotoir
 
Chez nous le dépotoir est roi
Chez nous les ordures ont pignon sur rue
Chez nous le dépotoir garantit son règne 
Chez nous le dépotoir est noble ornement 
 
Chantons les louanges des ordures 
Qui n’ont pas de colère 
Et qui restent la fierté des villes
Tant pis pour les villages 
Qui ne connaissent point de dépotoir
Et qui pleureront toujours…
 
Chez nous le dépotoir est roi
Chez nous les ordures ont pignon sur rue
Chez nous le dépotoir garantit son règne 
Chez nous le dépotoir est noble ornement 
Chez nous le dépotoir est roi
Chez nous le roi est ordure…
204
9. Dés(espoir)
 
Je ne vais pas parler du droit d’auteur
Qui n’a plus de valeur
Qui ronge les cœurs 
Qui puise plus qu’il ne donne
Qui arrose les plus nantis
Qui écrase les démunis
Qui n’aime pas les lettres
 
Je n’aime pas parler du droit d’auteur
Car les artistes meurent de leur art
Les écrivains les vrais pleurent
Et la musique gère l’écrivain 
Et la politique mange l’écrivain
 
Ô Bonté divine veille sur nous
Afin que nous puissions garder haute 
La barre que la muse a bien voulu hisser 
Aux cimes de la nature créatrice
 
Ô Valeurs immortelles nous vous implorons
Aidez-nous à toujours pleurer dans la dignité
Car le monde des écrivains chez nous
Cherche encore repères loin des vipères
 
10. Écologiques 
 
La savane de mes ancêtres rumine de colère
Le karal[1] le soleil l’a brûlé vif 
Le cassia je l’ai assommé
L’acacia je l’ai dévasté
Le tebakamé[2] je l’ai mis en quarantaine
Le dattier je l’ai insulté
205
A la lisière du bec de canard 
 
La steppe de mes aïeux pleure
Ses rizières sèches asséchées desséchés
Ses pluies loin des chaumières 
Ses lions éléphants girafes victimes d’injustice 
Ses hyènes et panthères royales devenus parias
Ses hippopotames rhinocéros en grève de la faim
Ses oiseaux criquets et sauterelles mouvants 
Ses pirogues de poissons renversées
Par la rigidité des doigts maléfiques
Aux abords du Logone
 
Le désert de mes pairs m’inquiète
À la couche d’ozone renversée
Au règne du réchauffement terrestre 
À la sauvagerie moderne
Trop de désert bientôt dans mon hameau
Fera tomber la lune claire toute ronde
Au secours des griots affamés sans espoir de renaissance
Sous les tropiques dévastés et en quête d’identité réelle
 
11. Reste en terre
 
Dans mon jardin de misère 
Je rirai je crierai
Dans mon Eden de disette
Je tordrai mes risibles boyaux
Dans ma veste de fer au réveil des âmes meurtries
Je cueillerai les calebasses allongées
Dans ma rivière des temps anciens
J’abattrai les gourdes en terre
 
Pour le reste 
206
Je mettrai sous une terre de béton
Ceux qui brandissent le mal bien-aimé
Ceux qui égorgent le sang caillé
 
Et ceux qui aiment frapper à la porte de bonne heure de gaieté de cœur
Trouveront une terre légère 
De germination paisible 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
207
Vicky Simeu
 
Chaire et Chœur
 
 
 
 
 
 
Regarder
 
Il s’agit de regarder
Regardez ce ventre !
Pas une seule loi
Pas une seule oie 
De soie
Ne s’invente
Plutôt engluer dans l’œil d’aucun soleil.
 
Regardez cette terre !
Cette terre faite pour haïr les abeilles
Elle ne danse qu’au son de communs tourteaux
S’accompagnant de serrure définitive 
La ferme stérile de grumes.
 
Ce ventre que vous voyez là 
N’est pas mien
Mon ventre est fait de vergetures
De boursouflures très convoitées
Lorsque Monsieur s’en va en boîte sanszèle
 
Mon ventre beau coup d’une maturité sans bu
208
N’en a cure du lisse 
Il vole
Il vole
Il garantie ses lices
 
Cette taire que voyez-là
N’est pas mienne
Quand la mienne apparaîtra au frontispice 
Du miroir
La Patrie vivante tournera en boîte
Vers de nouvelles bêtes à livrer en pâture.
Elle grattera toujours 
Telle une immortelle puce.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
209
Mardi : Le chèque
 
Une main passée par une fenêtre
Apporte un semblant de jour
Car nos promesses tiennent 
Entre exil et affrontement.
L’amitié est un bond de prise en charge
Et l’amour un travail sans pain.
 
 
 
 
 
 
 
 
Mardi Aurore s’en va
La réponse est fosse
C2 laisse passer la boxe
Elle s’est présentée sur l’estuaire de la désert
Ses billons en amont sont seuls
Sur une 33 vie d’un Sion
Je suis Seuil, le livre paraît bien tôt
Et me met en demeure de toux rats contés
 
 
 
 
 
Il saigne l’horizon
Il souffre le vent dans le cœur de l’euphorbe
 
Le rire de complainte de Marie dans le monde ceint
L’arrivée incomprise de la Cigale parmi les Djins
210
 
 
 
Mercredi, d’enfantement
 
Je me suis levée très tôt
Pour le spectacle
Le soleil dormait encore.
Il est venu beau, droit, souriant
Quand l’actrice agonisait sur le podium.
Il n’y a pourtant que bonheur
Car la fortune vient en dormant.
 
Alors le feu de l’unisson brille en moi
Pour avoir réconcilié 
Une partie de moi
En dehors de moi.
 
Soleil après soleil
Je me suture
Tell un pull over qui tisse son existence
En présence d’une main mystérieuse.
 
De mon regard s’éclate 
De nouvelles prémisses
En parfaite équilibre 
Avec l’univers épuisé
vidé de se la donne
 
Epuisement et thérapie pour des lendemains
nu des coup de capotes.
 
211
 
 
Monsieur incognito
Une croisière éternelle
Arrivé en milieu de la nuit.
Son rire ayant déjà inscrit mes contrés
Sur une carte postale des tropiques.
L’aventure de ses mots,
Un transport d’information en mélodie,
Font danser mes yeux 
Ils valsent vers la découverte 
De son impertinente expédition.
 
Lui, auteur de ma poésie nostalgique
Et moi fan de son mélange de son
Etonnement troublant succombons
A destination aux rythmes de nos ébènes.
 
Son phallus bien tôt attisé
Par le feu matinal de la rosée
Lance ce bonheur curatif
Sur mes bases avares et loyales.
 
Ses bras, belle plaisanterie d’un client
Des parties de chassent draguent
L’odyssée avide de mes hyperboles
Plus pour leurs splendeurs 
Que pour notre nectar ressourcé.
De mon corps s’échappe un soupir mensonger.
 
Ma grande gueule, assise sur l’air de son cou
Tente de soumettre cette offrande 
A une mort prématurée dont
212
Le glas sonnera dès le plein ciel.
Mais sa résistance étoffe mes ardeurs
Son sprint happe à tout instant
Mes cendres m’empêchant ainsi
De quitter la piste précocement.
 
Après de nombreux moments de recherche
Je parviens à son goût amer
Je parviens à son puissant goût amer
Ovationnée de l’emblème d’un amour infini
Goûter son puissant goût amer
Quels épuisements !
 
 
 
Le Fou fou de ma tante
 
Le bois donne aux bois 
La confiance d’un bon soleil
Le feu donne à la marmite de l’eau
L’os de la viande a déjà connu son sort
Ses doigts fins sur le filet de bœuf
Promettent à la soupe un délicieux futur
 
Ne partageant avec elle que les moments
Du fou fou
La cuisine cesse d’être un art
 
Du fou fou ?
Le fou fou de ma tante
Un régale 
A y songer, ma langue meure d’impatience
Elle ouvre ouvre
213
Elle referme referme
Sa marmite d’eau de fou fou tamisé
 
Ses doigts fins qui n’ont rien 
De son grand corps
On aurait dit qu’elle a été faite 
De dieux différents
Ses doigts fins disais-je
Décapite de nouveau
Le filet de bœuf 
Après l’avoir nettoyé elle le range 
Près des condiments apprêtés 
De la pareille délicatesse.
 
Je ne pense qu’à son fou fou
Que je déguste. Aïe ! Quelle impatience !
 
Elle attise le feu
Un soleil dont l’âge a terni le sourire
La vapeur monte au ciel
Pour affronter ce soleil
Monte 
Faufile 
Se dresse 
Et disparaît
Réapparaît
Se dresse
Faufile
S’éteint avalé par le ciel
 
Le fou fou remue son pilon
J’adore son fou fou
Un régale
Un égale
214
Un régale jamais égalé
Rien qu’à y penser
J’ai des idées !
 
Elle verse son fou fou dans l’eau virile
Raccourci au trois quart
Le fou fou remue malicieusement son pilon
Elle s’obstine devant le foyer 
Qui jaloux fait basculer 
Tantôt à gauche 
Tantôt à droite
La marmite.
Le foyer aussi remue 
Vigoureusement le fou fou.
Elle s’offre maintenant à son pilon
Qui remue durement le fou fou
 
Ses mouvements un étendu de sueur
Dans la marmite de fou fou.
Le beau pilon
Tire, tire
Soulève, soulève
Fond, fond
Aïe ! Quel fou fou 
 
Le pilon remue le fou fou 
Il remue
Et remue
Et retourne
Le fou fou à ses tourments
La marmite s’accommode à ce choix
Du moment où le foyer 
Ne veut rien de cette chute.
 
215
Le fou fou devient une patte 
Une vraie patte homogène
Oh quelle patte !
Quelle délicieuse patte !
 
A présent elle partage son fou fou
Un plat pour moi
Un autre pour moi
Un autre pour moi
Un autre pour moi
Un autre pour moi 
Un autre pour moi
Un encore pour moi
Un encore pour moi
Toujours un pour moi
 
Oui, ce fou fou de tous les délices
Toutes les paroles
Ce fou fou de toutes les folies
Il est à moi et fait ma mire.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
216
 
 
 
 
Il s’agit maintenant de poser l’être et l’être
 
Plein du vide
Que mon regard soit de gauche
Que mon regard soit de droite
Que cela peut-il bien faire 
 
Etre de gauche, être de droite
Avoir la gauche, avoir la droite
Etre de gauche et de droite
Avoir le rouge de la gauche
Etre de vert au rouge de la droite
Sourire jaune et rouge
Avoir l’équilibre
Ne pas avoir d’équilibriste
Spiritualisme contre spiritisme
Que cela peut-il bien faire
 
Etre une femme en majuscule
Etre un homme en minuscule
C’est moi et moi
Moi c’est moi
Et mon toit n’est pas le tien
Tiens ! Il est de toi
En moi et sans moi
 
Que le modèle soit en face 
Devant 
Derrière
217
A côté
En bas 
En haut
Il n’y a pas de modèle
Il n’y a que eux
Eux en toi
Il n’y a que toi
Toi en moi
 
Et je me suis déchirée pour mieux me défier
Je me suis reposée pour mieux me poser
Le repos s’est fait haine des matinées 
Pour ceux qui ont des questions de rédaction.
Quelle décision !
Nourrir de douleur
Mystère de la ville
Débrouillement 
Mangement 
Chiement
Trêve de colère
Merci pour toutes ces compréhensions.
Et l’on mit beaucoup d’ardeur
A faire choir mes rêves
Choir ceux que je suis 
Ceux que je ne suis pas
Ce que je suis 
Ce que je ne suis pas
Trêve de colère
 
Qui cherche trouve
Qui trouve s’engage
Qui s’engage lutte
Qui lutte réussit.
 
218
 
 
 
 
 
 
Bienvenue dans mon boutiquier
Eau Cameroun mon beau pily
 
Eau Cameroun berceau de nos enceintes
Va debout et jean loup de ta liberté
Comme un soleil ton drap pot
Fier doigt être un sème bol
Agent de foi et d’unité
 
Que tous tes an fans
Du Nord au Sud
De l’est à l’Ouest
Soie tout amour
Te servir que ce soit seul bu
Pour remplir leurs deux voies (voix) 
Tout jour
 
Cher patrie
Taire chérie
Tu es notre seuil et vraie bonne heure
Notre joie, notre Vicky
A toit l’amour et le grand bonheur.
 
Fin de série. Retrouvez-moi sur mon blog !
VickySimeu.com
219
L'ombre de la ville
A feu T. FOKA Léger-Noël
 
Je regarde autour de moi
Les affects de la ville en émoi
Ville glorieuse des temps jadis
Ville tumultueuse de ramassis
Qui ne cesse de me réduire
Me réduire 
 
Je regarde autour de toit
Les affamés qui se taisent
Sur les tessons ils se croient à l'aise
Malgré les venins enchantés des putois
Dans les maisons plates des lèses 
 
Je regarde autours de nouilles 
Les hommes que l'électricité électrocute
Les joueurs qui saignent d'uppercut
Les présidentsradins voleurs de rêves
Et les marabouts inventent les pages de trêve
 
Je regarde autour de vous
En cravates de soie les voyous
Qui font de nos vies de champs ternes
Les pasteurs en tenue de western 
Aux côtés des enfants font 
Bam! Bam!
 
Je regarde autour de îles
Les os engloutis des âmes pieuses
Formant les cônes de vagues sinueuses
Qui s'écrasent sur la façade de Port-Gentil
220
Hervé YAMGUEN
 
Portraits de nuit
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
I
 
Je regarde les traits de mon corps,
j’écoute les bruits de mon sang
en silence comme faisant 
face à un paysage brumeux de nuit
qui me donne à voir mille
couleurs de terre et de ciel,
des odeurs de creux de regards,
de la poussière répandue
Comme du riz sur une file
d’ombres devant une grande 
pendule bruyante dans l’obscurité.
221
II
 
J’ai cherché les chemins
où boire chaque trait de ma nudité
afin de me recracher et de semer
mes odeurs dans les mots qui m’inventent.
Se reconstruire au fond des silences et se
tenir face aux vents du quotidien donnent
du goût à se nourrir avec les mots et la 
musique du monde comme si l’on écrivait 
soi-même un partition de jazz
dans une pénombre.
III
 
Ici, partout la solitude dans la nuit
reste vertigineuse avec ses présences
de chairs, de regrets, d’oublis , de maux
de visages et de souvenirs posés dans 
le temps comme des lanternes.
 
IV
 
Mon souffle se confond
aux bruits des corps de terre et de sable
que je traîne dans la cité de ma colère .
Je porte une écharpe colorée de veilleur 
dans un pays qui veut me dire son 
nom en suffoquant.
 
V
 
Entre brume et cratère,
je cherche la trame juste 
pour tisser l’armature
222
de mon chant et faire signe 
à ma ville, à mon pays, aux arbres,
à mes aïeux de venir danser 
sous le soleil pour tenir la mort 
à distance de nos cauchemars nocturnes.
 
VI
 
Il fait froid dans cette chaleur folle.
Il fait nuit dans cette chapelle
de trous de ferrailles rouillées.
Des monticules de cendres dressent
leurs territoires de grisaille contre ceux qui veulent
semer le beauté en marchant et en
faisant de leur corps
un serment à la terre.
 
VII
 
L’orage m’annonce la venue
d’un abîme à combler. Mon pays
se creuse au fond d’une ruine.
Je reste sur le flanc de l’ombre.
Les empreintes de mes pas se couvrent 
de lanternes. Je remue les cendres.
Je retrouve la couleur opaque du silence.
La nuit est présente dans les mots que j’adresse
aux étoiles.
Je sais maintenant que quand on dit qu’on a 
peur, c’est qu’on est déjà foutu.
 
223
VIII
 
Ma chair se mêle aux odeurs de terre, aux
monticules de cendres, aux bruits et aux voix
des radios, aux douceurs et aux rugosités
des mains qui me palpent.
Ils moulent en moi de grandes formes
silencieuses dorées.
J’apprends à rester vivant avec les bruits 
tendus des silences qui habitent mes peurs et mes doutes.
 
IX
 
La nuit surgit et rentre en scène.
Elle projette les mots violents hors de la cage
de vertiges qui la rendent prisonnière.
En criant, elle a fait que le soleil se couche
sur lui même et s’enferme entre 
des mûrs d’éclairs et de boules noires 
sculptées.
La nuit de souffrance et le soleil de peur 
ouvrent de grands creux sur les boulevards
de la cité.
Maintenant, il faut semer de bonnes graines 
dans ces creux pour dormir sans secousse
sur les cheveux de l’aube quand le pays
se réveillera
 
X
 
Une lueur sur mon front tombe
dans un paysage pluvieux et serein .
A notre terre, je demande ma part
d’empreinte de chairs et de paroles
224
humaines pour me refaire un visage
neuf dans l’orage de cendre qui se
dessine déjà dans le lointain et
sur le ventre de notre pays renversé
comme un cafard.
 
XI
 
Avec des lanternes dressées sur des chemins
tracés avec des mots cousus sur des 
toiles composées de courbes et de gestes d’offrandes.
C’est avec la nuit, sous les ailes du silence
que j’épouse mille visages et des silhouettes
de femmes crispées dans mon abri nocturne.
 
XII
 
La nuit, les gouffres et le dénouement
me disent que malgré les écorchures,
il faut trouver l’ancrage d’une terre fertile 
pour se tenir debout dans les vacarmes.
 
XIII
 
C’est la tempête qui dit où est la rive.
 
XIV
 
Les ombres couchées dans le vacarme
des décombres me donnent mille raisons
pour nommer et repeindre les espaces
et les silences avec la lumière folle
de la lune.
 
225
XV
 
Portes ouvertes, traces sur les murs, murailles
de brume, traces de lumières , portes des astres.
La nuit balance sa queue devant les portes 
ouvertes. La lune apparaît et la tempête tombe.
On dirait un chant d’oiseaux ivres qui se couchent.
La nuit se calme. Il faut partir se coucher
avant que l’orage ne revienne pâlir le temps des semences et de l’amour.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
226
 
Extraduction
 
 
Au terme du parcours que vous venez d’effectuer en poétique compagnie avec ceux que le 
Cameroun compte en ce moment, soit comme acteurs majeurs dans ce domaine, soit alors, 
comme acteurs de demain, il importe de souligner que deux grandes écoles dominent le paysage 
poétique national : il s’agit d’une part, de l’école du poème objet et d’autre part, de l’école du 
poème prétexte.
Pour les partisans de la première approche, le poème est avant tout un objet littéraire 
identifiable soit de manière empirique, soit alors par l’intention poétique. Le poème a en effet un 
ensemble de caractères somatiques qui constituent sa marque diacritique et le distinguent d’un 
texte en prose. C’est par exemple l’alinéa, la majuscule initiale, l’homophonie désinentielle des 
vers, la segmentation strophique, la distribution spatiale du texte dans la page, le rythme, la 
mesure, etc. D’autres caractères plus subtils permettent également cette différenciation. Il 
s’agit, au-delà même du souffle émotionnel mystérieux et enchanteur créateur de l’impression 
poétique, d’un travail objectif sur la langue. Un travail de décoration qui, par-delà sa dimension 
figurative et imaginaire, permet l’embellissement du texte.
Quant aux tenants de la seconde approche, le poème n’est qu’un prétexte qui permet de 
dire court et de penser bref. Voilà pourquoi ils accordent un primat souverain au sens plutôt 
qu’au travail sur la langue. Pour eux, le poème n’est pas fait pour étonner. Il suffit parfois d’aller 
à la ligne. Au demeurant, tout ce qui n’est pas sémantiquement accessible rapidement doit être 
banni. C’est la raison pour laquelle, par divers procédés comme la théâtralisation et le 
diaporama, ces poètes s’efforcent de vulgariser le message de leurs textes qui du reste sont très 
proches de la prose. Le travail de figuration et d’imagination est quasiment inexistant ici. Car 
pour eux, le poème doit absolument se comprendre et non se laisser ressentir comme c’est le cas 
pour les tenants de l’approche intentionnaliste. En papotant abondamment sur des sujets à la 
mode comme le SIDA, dans un contexte où l’invective contre le régime politique apparaît de 
plus en plus comme un certificat de poéticité, ces poètes ont du mal à tourner la page de la 
négritude et à transcender l’appris. Ils cherchent à plaire à tout prix en revisitant les sentiers 
battus qui leur permettent de rester dans l’art officiel en disant ce que la critique aime entendre.
Si l’approche intentionnaliste correspond à peu près à l’école de Douala, la deuxième 
quant à elle correspond à l’école sémantiste de Yaoundé. 
Quand il a dit son nom, exposé ses tripes et ses névroses, que reste-t-il, par-delà le 
silence, à l’écrivant dont l’intention est de dire poétiquement le réel ? Tel est le pari qui est 
parfois celui du poète. Car il convient de se souvenir que la poésie commence par la fièvre d’un 
étonnement qui retourne les viscères et conduit nécessairement à un cri. Elle est, soit le cri 
même, c’est-à-dire, une vaste exclamation,soit alors, le vertige logorrhéique qui est le résultat 
d’un mal-être que parfois, même le bien-être peut provoquer lorsqu’on a définitivement 
enfourché Pégase. Il importe toutefois de mettre en relief le fait que ce n’est nullement pas en 
inondant son texte de points d’exclamation que ce dernier parvient à la hauteur poétique. 
L’exclamation est dans le regard que le poète pose sur la vie et qui reflue dans son dire poétique, 
soit en gerbes colorées, soit alors en laves ignifères.
L’école de Douala, reconnaissable dans ce livre par un certain entêtement dans la 
227
direction de l’art contemporain et une liberté portée à son point culminant ouvre ce livre avec en 
frontispice, le peintre Koko Komégné qui est, de toute évidence, le pape de cet idéal dans l’art 
plastique au Cameroun. 
Sans revendiquer ouvertement l’appartenance à l’idéal de Douala, certains poètes comme 
Joseph Fumtim défendent et illustrent parfaitement les audaces scripturaires de l’estuaire avec 
beaucoup de bonheur. Et c’est à juste titre qu’ils figurent en bonne place ici.
Il y a enfin les indépendants qui viennent du Nord et dont les figures les plus 
représentatives sont Kolyan Dina Taïwe et Dili Palaï. Poètes profondément pudiques et réservés, 
ils ont chacun en ce qui le concerne, l’élégance de l’intellectuel discret et le charme du poète 
portés au summum. 
Tous les auteurs de ce livre ne se reconnaissent pas dans la vision poétique de l’estuaire. 
D’aujourd’hui se veut seulement une fenêtre ouverte sur l’activité poétique camerounaise 
d’orientation contemporaine et souligne le fait que dans cette mouvance, quelque chose de 
différent se fait à Douala. 
 
Anne Cillon Perri
Yaoundé, l’Assoumière, 08 avril 2007
 
228
	Joseph Fumtim
	Murmures et chants d’hommes vivants
	 
	Lui
	 
	 
	 
	 
	 
	Regarder
	Mercredi, d’enfantement
	 
	 
	Monsieur incognito
	Une croisière éternelle
	 
	 
	 
	Le Fou fou de ma tante